L'observatoire

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Portrait d'un HP célèbre : Steve Jobs

Anne-MarieCG

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Voici un extrait du livre STEVE JOBS par Walter Isaacson Traduit de l'anglais par Dominique Defert

et Carole Delporte 2011, qui illustre les difficultés éventuelles ressenties par certains EHP et, vous donnera peut-être envie de lire le reste de sa biographie :

blogentry-693-0-33750900-1328446807_thum ....Steve Jobs se souvenait très bien de cet événement parce que, pour la première fois, il comprit que son père ne savait pas tout. Mais une prise de conscience, plus troublante encore, se fit jour en lui : il avait toujours admiré les compétences techniques et la sagacité de son père. « Il n'avait pas fait d'études, mais il était très futé. Il ne lisait pas beaucoup, mais travaillait de ses mains. N'importe quel système mécanique, il pouvait en comprendre le fonctionnement. » Mais devant l'incrédulité de son père ce jour-là, le jeune Steve sut qu'il était plus vif d'esprit que ses parents.

« Ce fut un moment clé pour moi. Quand j'ai réalisé ça, j'ai été empli de honte. Je n'oublierai

jamais cet épisode. » Cette découverte, racontera-t-il plus tard à ses amis, associée au fait de savoir qu'il avait été adopté, lui donna le sentiment d'être un enfant à part, différent - étranger à la fois au regard de sa famille, comme à celui du monde extérieur.

Une autre révélation survint quelque temps plus tard ; non seulement, il avait découvert qu'il avait un QI plus élevé que ses parents, mais que ces derniers le savaient. Paul et Clara Jobs étaient des parents aimants, et ils voulurent s'adapter au fait d'avoir un enfant plus éveillé que la moyenne, et animé d'une volonté de fer. Ils se pliaient en quatre pour lui, le traitaient comme un être à part. Et bientôt, le jeune Steve s'en aperçut. « Ils se sont sentis investis d'une nouvelle responsabilité. Ils n'arrêtaient pas de me "nourrir" intellectuellement, et n'avaient de cesse que de me trouver les meilleures écoles possibles. Ils voulaient devancer tous mes besoins. » Steve Jobs a ainsi grandi non seulement avec le sentiment d'avoir été abandonné, mais aussi avec la certitude d'être quelqu'un d'atypique. C'est ce qui a forgé toute sa personnalité.

Avant même d'entrer à l'école primaire, sa mère lui avait appris à lire. Mais cette précocité ne fut pas sans poser quelques problèmes. « Je me suis beaucoup ennuyé les premières années, alors pour m'occuper, je chahutais. » Il devint évident que le petit Steve, à la fois par nature et par culture, n'était pas prêt à entrer dans le moule. « Je n'aimais pas cette nouvelle autorité, aveugle et scolaire. Et ils ont été à deux doigts de réussir à me briser. Pour un peu, ils auraient tué toute curiosité en moi. » Son école primaire, la Mona Lisa Elementary, était une succession de petits bâtiments

construits dans les années 1950, à cinq cents mètres de leur maison. L'élève Jobs combattit l'ennui en faisant des blagues. « J'avais un bon copain, Rick Ferrentino ; tous les deux, on a fait les quatre cents coups. Comme le jour où on avait posé des affichettes disant : "Apportez demain votre animal de compagnie à l'école." C'était à mourir de rire... tous ces chiens coursant les chats à travers la cour, et les profs qui ne savaient plus où donner de la tête ! » Une autre fois, ils avaient convaincu leurs camarades de leur donner le code de leur antivol de vélo. « On est allés changer toutes les combinaisons et personne n'a pu récupérer sa bicyclette. Cela leur a pris jusque tard dans la nuit pour régler le problème ! » Quand il était en CE2, les canulars devinrent plus dangereux. « Un jour, on a fait sauter un pétard sous la chaise de notre instit, Mrs Thurman. Depuis, elle a gardé un tic nerveux. » Rien d'étonnant donc à ce qu'il fût exclu de l'école deux ou trois fois dans l'année. Son père, toutefois, qui s'était rendu compte de la précocité de son fils, avait rétorqué, avec son calme et sa fermeté coutumiers, qu'il attendait la même prise de conscience de la part de l'établissement. « Ce n'est pas de sa faute, expliquait-il aux enseignants. C'est à vous de trouver le moyen de l'intéresser. » Steve Jobs n'avait pas le souvenir que ses parents l'aient puni pour ses bêtises à l'école. « Le père de mon père était alcoolique et le frappait à coups de ceinturon ; moi, autant que je me rappelle, je n'ai pas reçu une seule gifle de toute ma vie ! Mon père, comme ma mère, reprochaient à l'école de vouloir m'inculquer des imbécillités plutôt que de stimuler mon intellect. » Steve Jobs montrait tout jeune déjà un mélange de sensibilité et de dureté, de rébellion et de détachement. Pour la rentrée en CM1, l'école jugea préférable de mettre Steve Jobs et Rick

Ferrentino dans deux classes différentes. L'institutrice pour la classe des bons était une matrone volontaire nommée Imogene Hill, surnommée Teddy, et cette femme devint pour Jobs l'une de ses « bonnes fées ». Après deux semaines d'observation, elle jugea que le meilleur moyen d'amadouer Steve était de l'acheter. « Un jour, après l'école, elle m'a donné un carnet rempli d'exercices de maths. Elle voulait que je l'emporte à la maison et que je résolve les problèmes. Et j'ai pensé

très fort : "Tu peux courir !" Ensuite, elle a sorti l'une de ces sucettes géantes, tellement grande qu'on n'en voit pas le bout. Et elle a dit : quand tu auras terminé, et si tu as une majorité de bonnes

réponses, je te donnerai cette sucette plus cinq dollars. Deux jours plus tard, je lui ai rendu son carnet. » Après quelques mois, elle n'eut plus besoin de soudoyer son élève. « J'étais heureux d'apprendre et heureux de lui faire plaisir. » Elle lui rendit cette affection en lui offrant des kits de bricolage où il s'agissait par exemple de fabriquer soi-même une lentille et de construire un appareil photo. « J'en ai plus appris avec Teddy qu'avec n'importe quel autre professeur. Si elle n'avait pas été là, j'aurais fini en prison. » Cet épisode, une fois encore, renforça chez le garçon l'idée qu'il était différent des autres.

« Dans la classe, j'étais son chouchou. Elle voyait quelque chose de particulier en moi. » Ce n'était pas seulement son intelligence qu'elle avait remarquée. Des années plus tard, elle aimait montrer une photo de cette année-là prise lors d'une fête ; le thème était Hawaii. Steve Jobs était venu sans la chemise bariolée réglementaire, mais sur le cliché, il posait au milieu, au premier rang, en arborant une magnifique chemise. Il était parvenu à convaincre l'un de ses camarades de lui

donner la sienne ! Vers la fin du CM1, Mrs Hill avait fait passer à Steve des tests. « Mes notes étaient du niveau d'une classe de 5e. » Il était désormais patent, non seulement pour ses parents et lui-même, mais également pour le corps enseignant, qu'il était intellectuellement précoce ; l'école proposa donc qu'il saute deux classes. Cela le stimulerait et ce serait plus facile de l'intéresser. Ses parents jugèrent plus sage de ne le faire passer qu'en 6e. La transition fut néanmoins douloureuse. Socialement, il était un enfant solitaire, et il se retrouvait avec des garçons ayant un an de plus que lui. Pis encore, il avait changé d'école ; il était désormais à la Crittenden Middle

School. Le collège ne se trouvait qu'à un kilomètre de l'école élémentaire Mona Lisa, mais à bien des égards, c'était là-bas une tout autre planète, un quartier miné par les guerres ethniques entre gangs. «Il y avait tous les jours des bagarres, et du racket dans les toilettes, écrivait le journaliste Michael S. Malone originaire de la Silicon Valley. Les enfants apportaient des couteaux en classe pour impressionner leurs camarades. » À l'arrivée de Steve Jobs, un groupe de collégiens étaient en prison pour viol en réunion, et le car de ramassage scolaire d'un collège voisin avait été détruit parce que l'équipe de lutte de Crittenden avait perdu contre celle de l'établissement en question. Le jeune Steve était souvent molesté, et au milieu de l'année il posa un ultimatum à ses parents. « Je voulais

qu'ils me changent d'école. » Financièrement, c'était difficile. Ses parents avaient déjà du mal à joindre les deux bouts. Mais l'adolescent savait leur mettre la pression : « Voyant qu'ils hésitaient, je leur ai dit que j'arrêtais l'école s'ils me laissaient à Crittenden. » Alors ils cherchèrent où se trouvaient les meilleurs établissements ; ils ont vidé tous leurs comptes, jusqu'au dernier dollar, pour acheter une maison à vingt et un mille dollars dans un secteur moins mal famé. Ils déménagèrent à cinq kilomètres seulement au sud, dans une ancienne plantation d'abricotiers à South Los Altos transformée en lotissement. Leur maison, au 2066 Crist Drive, était une bâtisse de plain-pied, avec trois chambres et un garage - élément indispensable - équipé d'une porte roulante donnant sur la rue. Paul Jobs pourrait y réparer ses voitures et son fils bricoler ses circuits électroniques. Entre autres atouts, la maison se trouvait juste à la lisière de la circonscription de la

Cupertino-Sunnyval School, l'une des écoles les plus sûres de la vallée. « Quand on a emménagé là, il y avait encore des arbres fruitiers, me précisa Jobs alors que nous nous approchions de son ancienne maison. Le gars qui vivait juste à côté m'a expliqué comment être un bon jardinier

respectueux de la nature et faire du compost. Avec lui, tout poussait. Je n'ai jamais mangé plus sain de toute ma vie. C'est à cette époque que j'ai commencé à m'intéresser à l'agriculture biologique. » Même s'ils n'étaient pas de grands croyants, Paul et Clara Jobs voulaient que leur

fils ait une éducation religieuse ; ils l'emmenaient donc à l'église luthérienne presque tous les dimanches. Ce rituel prit fin quand il eut treize ans. La famille était abonnée à Life, et en juillet 1968, le magazine publia en couverture la photo d'enfants du Biafra mourant de faim. Jobs emporta le magazine à l'église le dimanche et apostropha le pasteur : — Si je lève mon doigt, Dieu sait avant moi quel doigt je vais lever ? — Oui. Dieu sait tout. Le jeune Steve lui montra la couverture

de Life : — Dieu est donc au courant pour ça et pour ce qui arrive à ces enfants ? — Steve, je sais que c'est difficile à comprendre, mais oui, il sait. Le garçon déclara alors qu'il ne voulait plus rien savoir d'un tel Dieu, et il ne remit jamais les pieds dans une église. Il passa toutefois plusieurs années à étudier et à pratiquer le bouddhisme zen.

Pour lui, le christianisme était à son apogée quand il prônait la quête spirituelle plutôt que d'enseigner le dogme. « Cette religion s'est perdue ; elle s'est trop souciée de la foi et non plus d'apprendre aux fidèles à vivre comme Jésus et à voir le monde avec ses yeux. Je crois que les religions sont autant de portes d'entrée de la même maison.

Parfois, je pense que cette maison existe réellement, parfois j'en doute. Cela demeure un grand mystère. » Paul Jobs travaillait alors à Spectra-Physics, une société à côté de Santa Clara qui fabriquait des lasers pour la recherche et le domaine médical. En tant que mécanicien, il construisait les prototypes, en suivant scrupuleusement les plans des ingénieurs. Steve Jobs était fasciné par ce besoin absolu de perfection. « Les lasers nécessitent un alignement parfait des pièces, me raconta Steve Jobs. Pour des applications en médecine ou dans l'aéronautique, le montage devait être d'une précision micrométrique.

Ils disaient à mon père des trucs comme "voilà ce que nous voulons, et nous le voulons dans un seul bloc de métal pour que les coefficients de dilatation soient partout les mêmes". Et papa devait trouver le moyen de le faire. » Il fallait fabriquer quasiment toutes les pièces, ce qui signifiait que Paul Jobs devait inventer les outils et les matrices spécifiques pour les usiner. Son fils était fasciné, mais il passait rarement à l'atelier. « Ç'aurait été sympa qu'il m'apprenne à manipuler un tour et une fraiseuse. Malheureusement, je n'ai jamais pris le temps de le faire, parce que j'étais davantage intéressé par l'électronique. » Un été, Paul Jobs emmena Steve dans le Wisconsin rendre visite à sa famille à la ferme. La vie rurale ne l'attirait pas, mais une image le frappa. Il assista à la naissance d'un veau et il fut étonné de voir le petit animal se mettre debout au bout de quelques minutes et commencer à marcher. « Personne ne le lui avait appris, c'était déjà câblé en lui.

Un bébé humain ne peut faire ça. J'ai trouvé ça stupéfiant, même si, pour tous les autres, ça paraissait normal. » Il avait décrit cette scène avec des termes d'électronique. « C'est comme si le corps de cette bête et son cerveau étaient programmés pour fonctionner ensemble dès la mise sous tension. Sans apprentissage. » Pour la classe de 3e, Steve Jobs alla au lycée Homestead High, un grand campus avec des bâtiments de ciment de deux étages, à l'époque peints en rose, qui abritaient deux mille élèves. « L'établissement avait été conçu par un célèbre architecte de prison. Il voulait ses constructions indestructibles. » Steve aimait la marche et il faisait chaque jour,

aller et retour, les deux kilomètres à pied qui séparaient sa maison de l'école. Il avait quelques amis de son âge, mais il fréquentait surtout des élèves de terminale qui baignaient dans le mouvement contestataire de la fin des années 1960. C'était le temps où l'on commençait à parler de geeks et de hippies. « C'étaient vraiment des gars brillants. Moi, je m'intéressais aux maths et à l'électronique. Eux aussi, mais également au LSD et aux paradis artificiels en vogue dans la contre-culture de l'époque.... 



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