L'observatoire

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Emission spéciale psychiatrie et DSM5

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CQFD proposait, hier matin, une émission spéciale consacrée aux maladies psychiatriques. En effet, la semaine prochaine sort la "bible" des psychiatres : le DSM 5. Cet ouvrage, controversé et qui fait polémique, répertorie l'ensemble des pathologies psychiatriques.

Les invités en direct: Martial Van der Linden, professeur de psychologie clinique à l'Université de Genève, Pierre Bovet, médecin-chef à l'Hôpital de Cery et professeur de psychiatrie à l'Unil, ainsi qu'Alexandra Rageth, experte en psychiatrie légale aux HUG.

Martial Van der Linden intervient à partir de là 8e minute pour rappeler que le DSM a été mis en place pour ancrer les problèmes psychologiques dans le domaine de la médecine avec son modèle biomédical. Il dénonce, avec Pierre Bovet, le caractère objectiviste du DSM qui ne considère que les symptômes que l'on peut objectiver comme cela se fait en médecine somatique. Le caractère subjectif de l'expérience psychologique n'existe pas dans cette grille de lecture qu'offre le DSM.

À la 16e minute, Martial Van der Linden revient sur une entité bien connue des psychologues spécialisés en neuropsychologie : le trouble cognitif léger ou MCI. Il ne nie pas l'existe des troubles cognitifs légers, mais leurs causes sont multifactorielles : facteurs psychologiques, sociologiques, culturels, anthropologiques. Les difficultés psychologiques ne sont pas l'apanage de la médecine et du modèle biomédical. Martial Van der Linden souligne l'aspect stigmatisant du MCI.

Pierre Bovet rapporte, à la 21e minute, les propos de Nancy Andreasen: le DSM aurait complètement asséché la psychopathologie aux USA, à tel point qu'il faudrait aujourd'hui réintroduire celle-ci avec un vaste échange Europe/États-Unis.

Pierre Bovet se fait également l'écho de cette information que je vous donnais ici, à propos du retrait du NIMH face au DSM 5 et conforte mon sentiment à l'écoute de Martial Van der Linden et de lui même : ils semblent critiquer autant le nouveau projet du NIMH qui ne sort pas de la vision biomédicale.

26e minute : la question du deuil "pathologique" est évoquée avec Bernard Crettaz, sociologue. La mort n'est pas une maladie et le deuil est une étape que la société ne peut amputer de la condition humaine, sous prétexte d'enjeux économiques, sans toucher à l'un des fondements de notre civilisation.

33e minute : Allen Frances ne mache pas ses mots... pour lui, les psychiatres experts à l'origine du DSM 5 ne mesurent les conséquences de leurs actes ! ils seraient "naïfs"... Les experts restent focalisés sur leur domaine de recherche et ne voient pas à quel point le DSM peut être facilement mal utilisé dans une pratique médicale quotidienne (le temps de consultation d'un généraliste aux USA est de 7mn).

À la question sur les raisons qui poussent Allen Frances a être si critique avec le DSM 5 alors qu'il a piloté le DSM4, celui-ci répond qu'il a pu mesurer l'incroyable impact du manuel sur la population. Malgré de grandes précautions, le diagnostic de TDAH a triplé après la sortie du DSM4 avec 10% d'enfants américains diagnostiqués aujourd'hui. Un changement effectué sur l'autisme a multiplié par 20 la prévalence de l'autisme au niveau mondial : "petit changement...énorme impact". Il n'avait pas anticipé ça. Une autre modification concernant les troubles bipolaires chez les adultes a doublé la prévalence de ces troubles. La modification faisait sens pour Frances mais elle a été exploitée par les entreprises pharmaceutiques qui ont poussé vers le bas la limite entre normalité et pathologie pour augmenter les prescriptions de traitements médicamenteux.

Pierre Bovet croit qu'il y avait certainement de la naïveté chez les concepteurs du DSM 3, un peu moins chez ceux à l'origine du DSM 4... nettement moins dans l'équipe du DSM 5 tout de même. Pour Martial Van der Linden, le plus grand naïf est certainement Allen Frances ! Les catégorisations ne se font jamais sans influence économique...

40e minute : les étudiants en psychologie seraient façonnés par la distinction entre le normal et le pathologique, en dehors même de toute influence universitaire préalable. La société, les médias établiraient des représentations dichotomiques qui colleraient parfaitement à la vision du DSM par la suite.

43e minute avec Alexandra Rageth: les avocats utiliseraient de plus en plus le DSM (ou le CIM-10) pour convertir une peine en mesure thérapeutique. L'expertise judiciaire s'empare des manuels pour orienter les décisions de justice.

49e minute : Allen Frances boucle la boucle en recommandant aux patients de systématiquement prendre un second avis médical ! "Si votre petit enfant reçoit un diagnostic de dysfonctionnement de l'humeur, allez voir un autre médecin ! Si quelqu'un vous dit que vous avez une dépression majeure après 2 semaines de deuil et des symptômes parfaitement compatibles, ne le croyez pas ! un diagnostic psychiatrique nécessite du temps et il faut des semaines, parfois des mois !"

Martial Van der Linden a rappelé l'existence d'une pétition qui dénonce le DSM 5 pour conclure l'émission: http://mythe-alzheimer.over-blog.com/article-stop-a-l-utilisation-du-dsm-5-il-est-grand-temps-de-reagir-116462583.html

A écouter ici : http://neuropsychologie.fr/doc/audio/CQFD_speciale_DMS5.mp3

ou sur le site de RTS : http://www.rts.ch/la-1ere/programmes/cqfd/4869590-cqfd-du-16-05-2013.html



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