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    Normes robustes pour la DRS de Mattis


    Otto Pedraza, chercheur en neuropsychologie à la clinique Mayo, a écrit un bel article à propos de la Dementia Rating Scale et des méthodes utilisées pour obtenir des données normatives, l'occasion de rappeler les avantages et inconvénients des méthodes transversales versus longitudinales et d'en savoir plus sur le devenir des participants initiaux de l'étude normative de Lucas.

    Dans le cas de la DRS de Mattis, les normes les plus couramment utilisées sont celles de Lucas et al., 1998. D'ailleurs, elles le sont tellement qu'elles ont été intégrées comme données normatives officielles pour la seconde édition de cette échelle de cognition globale.

    Pour rappel:

    • La méthode transversale est une étude scientifique consistant à soumettre en un seul et même moment du temps des mêmes épreuves, des mêmes observations ou des mêmes mesures à deux ou plusieurs groupes de sujets appartenant à diverses tranches d'âge.

    • la méthode longitudinale est une étude scientifique dans laquelle les personnes et les groupes faisant l'objet des investigations sont soumis pendant une période relativement longue à des épreuves, observations ou mesures. Si les avantages de l'étude longitudinale sur l'étude transversale sont évidents, ses inconvénients méthodologiques sont nombreux: les investigateurs peuvent décéder avant les sujets, ceux-ci peuvent déménager ou refuser de poursuivre l'expérience après un certain temps, le coût peut être très élevé.

    Concernant les études normatives, la méthode transversale implique que l'on détermine la normalité cognitive à partir de l'histoire clinique des participants ainsi que sur la base de critères externes comme l'absence de scores anormaux sur certaines mesures cognitives, l'absence de retentissement sur le quotidien, l'utilisation de données médicales et/ou familiales complémentaires, etc. Pour la DRS, les échantillons sont constitués de participants sains, mais aussi de personnes à un stade infra clinique de pathologies neurodégérénatives. L'inclusion de ces derniers a pour effet de sous-estimer la moyenne et de surestimer la variance.

    La méthode longitudinale a pour but, ici, d'exclure avec un degré de certitude le plus important possible, les personnes qui sont à un stade infra clinique de démence. Pour cela, les chercheurs surveillent tous les participants inclus lors de la première étude normative, diagnostiquent les conversions vers la démence et sortent ces patients de la cohorte initiale. Les participants perdus de vue peuvent également être exclus.

    Les normes robustes permettraient ainsi de diagnostiquer avec plus de sensibilité les personnes qui déclinent de la normalité vers le trouble cognitif léger et du trouble cognitif léger vers la démence. Sur ce point, Pedraza cite tout de même quelques études qui ont échoué à montrer la supériorité des normes robustes par rapport aux normes traditionnelles, transversales.

    Pedraza a utilisé la cohorte MOANS afin d'établir un large échantillon bien identifié. 1175 personnes ont été extraites:

    101 participants avec une seule consultation

    180 participants ayant converti vers une pathologie (MCI, MA, DCL, DV..)

    894 participants n'ayant jamais converti qui constituent l'échantillon robuste de l'étude

    Pedraza a également pu extraire spécifiquement de cet échantillon les participants de Lucas pour déterminer leur devenir: 490 participants sur 623 (78,5%) ont bénéficié d'une ou plusieurs consultations comparatives (de 1 à 16).

    Sur cet échantillon, 334 ont été diagnostiqués normaux sur l'ensemble de leurs visites.

    • 62 ont été diagnostiqué MCI
    • 53 ont décliné vers une maladie d'Alzheimer
    • Les 41 participants restants ont développé d'autres pathologies telles que des AVC, des démences à corps de Lewy, démence vasculaire, maladie de Parkinson et atrophie corticale postérieure.

    Plus de 30% de l'échantillon de base qui a pu être suivi n'était, en fait, pas sain, mais certainement déjà en phase pré clinique de pathologies neurodégénératives pour une majorité d'entre eux.

    Comme attendu, les scores moyens à la DRS différaient entre les trois groupes, F(2, 1172) =16.30, p < .001, le groupe robuste obtenant un score moyen supérieur au groupe avec une seule consultation et au groupe démence préclinique (p< .001).

    Comme précisé dans l'introduction, l'échantillon total (1175) tend à sous-estimer le score moyen à la DRS et sur-estimer la variance comparativement au groupe robuste. Cet effet a également été observé en comparant le groupe robuste à l'échantillon original de Lucas et al., 1998.

    L'age et le niveau d'étude participent à presque tous les subtests ainsi qu'au score global de la DRS. Les normes réactualisées de Pedraza proposent, comme celles de Lucas, une stratification par âge, mais pas par niveau d'étude. Toutefois, l'auteur propose une formule de correction pour les cliniciens qui souhaitent introduire cette variable (pour leurs patients les plus éduqués par exemple ou inversement très peu scolarisés). La correction s'applique sur les notes standards de la sorte: NS corrigée par l'éducation = 2.86 + (1.16 × NS) – (0.32 × EDUC)

    Le gain psychométrique est ténu entre l'utilisation des normes de 98 et de 2011, mais mérite certainement une mise à jour de nos pratiques. Les normes robustes améliorent la sensibilité avec une perte minime en spécificité. Elles permettent également une augmentation des valeurs prédictives positives (3,2%) et négatives (2,4%). Je vous laisse découvrir dans l'article les précisions de l'auteur, mais celui-ci rappelle, en conclusion, que les études transversales qui s'intéressent à ce type de population contiennent des taux importants de participants en phase préclinique de maladies neurodégénératives. Holtzer and colleagues (2008) rapportent un taux de 4.6%, Saxton et al (2004) 10.4% de patients en phase préclinique de MA, et De Santi et al. (2008) de 16.1% !

    L'article est disponible gratuitement à cette adresse: http://www.ncbi.nlm....les/PMC2904669/

    Ref: Pedraza, Otto, John a Lucas, Glenn E Smith, Ronald C Petersen, Neill R Graff-Radford, and Robert J Ivnik. Robust and expanded norms for the Dementia Rating Scale. Archives of clinical neuropsychology : 25, no. 5 (August 2010): 347-58.

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    Recommended Comments

    J'utilise ces normes révisées depuis l'année dernière. La démarche des auteurs est vraiment intéressante et appréciable.

    Je reste cependant trèèèès embêté par l'utilisation de normes anlgo-saxonnes, obtenues donc sur une autres version de l'outil. Quand on sait que déjà dans un test comme le TMT, il y a un effet de la culture, de la langue, etc. (Soukup et al., 1998), je n'ose imaginer ce qu'il en est pour une échelle globale comme la DRS. Du coup, la validité de l'outil lorsque sa cotation est ensuite comparée à des normes anglo-saxonnes est pour le moins très discutable.

    C'est un vrai problème que ne pas disposer de normes de qualités en français pour cet outil qui reste très utilisé.

    Je voulais qu'on y travaille au CPCN, mais mes collègues ont mis leur véto pasqu'ils aiment pas l'outil. Depuis je boude.

    Réf : Soukup VM, Ingram F, Grady JJ, et al. Trail Making Test: issues in normative data selection. Appl Neuropsychol 1998 ; 5 : 65-73.

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    Entièrement d'accord avec toi Jérôme sur l'impact linguistique.

    Après, je propose juste aux collègues de passer d'une norme anglosaxonne à une autre norme anglosaxonne construite avec plus de précaution quant à l'échantillon utilisé.

    C'est vraiment dommage pour le CPCN parce que la DRS est certainement le MMSE du psychologue, un outil très imparfait mais aussi très répandu et qui peut rendre des services appréciables au final. Des normes francophones seraient vraiment très utiles !

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    Merci Dominique pour cet article! C'est vrai que des normes anglo-saxonnes, c'est pas li'déal, mais personnellement je n'avais pas en ma possession les normes précédentes auxquelles tu fais référence?

    Donc pour moi, mieux vaut ces normes que pas de norme du tout (je n'avais qu'un cut off), et j'avais un peu laissé de côté la Mattis, car il est vrai qu'elle est longue à faire passer et qu'elle ne nous pas assez d'éléments par rapport au temps passé dessus, je trouve.

    Mais parfois, elle a son utilité aussi, même si c'est rare.

    Merci en tous cas :)

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    Merci pour ces nouvelles normes !

    Je travaille depuis hier sur la version informatisée ! Je mettrai à disposition ce document dès que j'aurai terminé ce lourd labeur =)

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    Un grand merci Dominique pour cet article : avoir des normes récentes, même si elles ne sont pas tout à fait le reflet des performances de la population Française, permet une adaptation au plus proche des patients rencontrés. En fait, j'utilise cette échelle surtout pour les patients ayant une maladie de Parkinson et une nouvelle unité vient d'ouvrir dans le service!

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    bonjour,

    on a une question avec ma stagiaire de M1 concernant ces normes. pour le calcul du score corrigé rAECSS le nombre d'années d'études correspond à un comptage à partir du CP vu qu'on est sur des normes anglo-saxonnes ?

    est il utile de le corriger pour tous les sujets car les différences paraissent parfois faibles ?

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