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  • DominiqueC
    DominiqueC

    Les silhouettes du VOSP... une révision s'impose


    Pour Merten, il est malheureusement encore trop rare de voir des outils psychométriques révisés après leurs publications.

    Par exemple, le VOT (Hooper Visual Organization Test) et le test des Silhouettes de la VOSP (Visual Object and Space Perception Battery ) semblent impliquer des fonctions cognitives très proches, tous deux nécessitant un traitement perceptif mais également une manipulation interne des informations visuelles pour la bonne réussite de l’épreuve.

    Pourtant, dans une récente étude de Merten (2005), plusieurs résultats n’ont pas confirmé cette supposition : la corrélation entre le VOT et le test des silhouettes (VOSP-S) n’était que de .64. Partant des résultats parfois contrastés entre les deux parties du VOSP-S, les auteurs ont relevé une faible corrélation entre les 15 premiers items (animaux) et les 15 derniers (objets), ce qui peut questionner sur la validité d’une seule épreuve et un seul score. Enfin, la difficulté des items n’est pas toujours apparue en accord avec leur position relative dans la liste, les plus simples se trouvant normalement en début de liste et les plus complexes en fin de liste.

    Sur la base de ces trois résultats, Merten a donc décidé de pousser un peu plus loin l’analyse de cette épreuve du VOSP.

    La plupart des études qui se sont intéressées au VOSP ont en commun un échantillon très faible. Ce n’est toutefois pas le cas de Bonello et al., 1997 (N=111) qui retrouva des consistances internes très faibles sur certains subtests : les silhouettes progressives (0.27), les lettres incomplètes (0.54) et la décision d’objets (0.54). Le coefficient alpha de Cronbach était tout de même de 0.78 pour le subtest des silhouettes.

    Merten a, de ce fait, réalisé une étude rétrospective sur un échantillon composé de 266 patients neurologiques (âge moyen : 54.8+/-15.2, NSC : 13.6+/-3.6). Les pathologies étaient : 53% de vasculaire, 14% de TC, 8% d’inflammatoire, 6% de dégénérative, 5% de néoplasique et les 15% restants de pathologies cérébrales diverses. 62 patients avaient des lésions clairement localisées dans l’hémisphère droit et 69 dans l’hémisphère gauche.

    Parmi les épreuves disponibles, les auteurs ont retenu le VOSP, le VOT, le subtest Block Design de la WAIS-R et le Syndrom-Kurztest (SKT), une épreuve courte d’efficience cognitive globale.

    Résultats

    Le score d’efficience globale était homogène dans le groupe étudié (SKT).

    Le score moyen pour le subtest des silhouettes était de 17 +/- 4.6 avec une corrélation entre les deux parties de 0.45, une corrélation (sur le score total) de 0.24 avec le NSC et de -0.45 avec l’âge.

    Les scores étaient significativement moins bons sur le VOT et le Block Design pour les patients hémisphériques droits comparativement aux hémisphériques gauches, ce qui ne fut pas le cas pour le test des silhouettes du VOSP.

    L’analyse item par item a montré que certains items donnaient des fausses réponses de manière excessives. Ce fut le cas de la clé plate avec 137 mauvaises réponses et une fausse réponse récurrente : l’os (n=71). En comparant deux groupes de patients ayant répondu « clé plate » ou « os » sur les 4 variables étudiées (VOT-VOSP-Block Design-SKT), aucune différence significative n’a été retrouvée entre ceux ayant donné la mauvaise réponse et la bonne. Des résultats similaires ont été retrouvés pour d’autres items comme le ramasse poussière, le tire bouchon ou la chaise longue.

    Discussion

    Pour Thomas Merten, les résultats de cette étude montrent que le subtest Silhouettes de la batterie VOSP devrait être utilisé avec précaution. La faible corrélation ente les deux sous parties (animaux versus objets) pose question sur l’utilisation d’un seul score global. Contrairement au VOT et au Block Design, aucune différence n’a été observée sur les performances des patients hémisphériques droits et gauches. Les corrélations item-score total varient de 0.09 à 0.48 avec une bonne partie d’items à 0.20, ce qui a été jugé très insuffisant par Merten. L’ordre de présentation des items ne semble pas respecter l’évolution croissante de difficulté dans chacune des deux listes. Ce fait apparait gênant si l’on applique strictement le mode de passation avec un arrêt de l’épreuve après 5 échecs consécutifs. Enfin, parmi les items difficiles, le canard a été à l'origine de nombreux commentaires sur l'intérêt de l'épreuve voire son non sens. Müller (1997) avait également relevé ce type de problème dans les subtests Silhouettes, Décision d'objets et Silhouettes progressives.

    Merten conclut sur la nécessité de réviser le subtest afin de l’améliorer et de lui garantir des caractéristiques psychométriques acceptables.

    Source: T. Morten et al. (2006) An analysis of the VOSP Silhouettes Test with neurological patients.Psychology Science, Volume 48 (4), p. 451-462

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    Recommended Comments

    Ce subtest était assez critiqué dans son ensemble... Merten enfonce un peu le clou avec des données psychométriques très peu satisfaisantes. Je l'utilisais encore de temps en temps mais dans ce contexte, je me vois difficilement continuer ainsi. De manière empirique, je m'étais rabattu sur le subtest de décision d'objets mais il semble qu'il ne soit pas beaucoup plus satisfaisant.

    Par contre, ca n'enlève rien à l'intérêt de la partie spatiale de la batterie !

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    Je n'ai pas encore lu le papier, mais je me suis fait une "petite" (hum) reflexion à partir de ce que j'ai pu lire ces derniers temps (vive la thèse!) en le mettant en lien avec la construction du subtest Silhouettes.

    Ce subtest se base sur le fait que la reconnaissance d’objets familiers vus selon un angle inhabituel peut être sélectivement touchée chez des patients porteurs de lésions postérieures droites alors que l’identification de photographies vues selon un angle habituel ne leur pose pas de problèmes particuliers (Warrington & Taylor, 73). On appelle aussi ce déficit « agnosie de transformation ».

    Sa construction est basée à partir du « seuil de reconnaissance de l’objet mesurée en termes d’angle de rotation (autour de l’axe horizontal ou vertical) nécessaire pour effectuer une identification correcte (Warrington & James, 1986) ». Or plusieurs hypothèses ont été émises pour expliquer ce trouble : la 1ère d’entre elles consiste à dire que les patients ont des difficultés à extraire l’axe principal d’un objet lorsque celui ci est présenté dans une orientation non habituelle ; une 2ème explication postule que le déficit est du à une difficulté dans l’identification de l’objet lorsque certains traits (« features » sont masqués. Enfin, selon une 3ème hypothèse, les sujets qui présentent un tel déficit ont perdu leur capacité de « rotation mentale » dans l’espace. Les études de cas de différents patients font état d’une certaine indépendance entre la reconnaissance d’objet et la rotation mentale lors de la reconnaissance de formes présentées sous des vues non prototypiques.

    De plus, pour Turnbull & MacCarthy (Turnbull, O.H., & McCarthy, R.A. (1996). When is a view unusual ? A single case study of orientation-dependent visual agnosia. Brain Research Bulletin, 40, 497-503), l’agnosie de transformation n’est pas non plus due à un déficit d’accès aux axes principaux ou bien aux traits caractéristiques, mais plutôt à ce qu’ils appellent l’accès à « an optimal ressource » qui serait utilisée par les sujets normaux lorsqu’ils sont face à un objet dégradé. Les patients auraient donc des difficultés à résoudre le problème qui se trouve face à eux, et ne seraient pas capables d’utiliser la bonne stratégie à savoir remettre l’objet dans une forme canonique, habituelle, afin de l’identifier.

    Avant de revoir les qualités psychométriques de ce subtest, peut être serait-il (plus ?) intéressant de se pencher à nouveau sur les soubassements théoriques à l’origine de la construction de celui-ci, afin d’en améliorer la sensibilité et la spécificité ?

    (désolée pour l'aspect un peu indigeste de ma reflexion..).. Sur ce je vais lire (enfin!) ce fameux article... et je complèterais mon pavé par la suite

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    Tu vas peut être me détester mais tant pis... J'ai une question madame la chercheuse !!!

    Autant j'ai bien appréhendé les 3 hypothèses, autant je n'ai pas saisi cette notion "d'accès à une ressources optimale". Il s'agit d'un échec dans la séléction du traitement à effectuer plus que dans le traitement en lui même ?

    J'ai fouillé un peu dans mes bouquins mais je n'ai pas trouvé la réponse.

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    Moi je le comprends comme un déficit de la rotation mentale : "ne seraient pas capables d’utiliser la bonne stratégie à savoir remettre l’objet dans une forme canonique"

    Mais je suis pas chercheuse.. :lol:

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    Vous faites bien de me rappeler à l'ordre, je n'ai sans doute pas été assez claire; pour se faire, je vais vous "recopier" le paragraphe qui parle de cet "accès à une ressource optimale", issu du texte de Turnbull et al. (96). Juste pour préciser aussi, a priori François, ce n'est pas un trouble de rotation mentale puisque le patient dont il est question dans l'étude est capable de faire des tâches de rotation mentale avec des cubes "à la Shepard".

    "Although these findings (ie. les doubles dissociations retrouvées chez les patients) argue against the "axis", "feature", and mental rotation accounts of recognising objects from unusual views, they are consistent with an alternative account of the performance of such patients that has been presented in recent years. On this account there is no particular deficit in accessing either axes or features in these patients, nor a mental rotation deficit. Rather, the disorder is the result of an "optimal ressource" to be utilised when an image is "degraded" and that such patients perform poorly on any task of visual "problem-solving".

    (...) "However, we would not necessarily suggest that this is the cognitive basis of the deficit in all neurological patients who fail to recognise objects from "unusual" views, and it may be that this disorder may arise from cognitive deficits in other stages of the recognition process".

    Voilà, j'espère que c'est plus clair à présent, désolée pour mon racourci d'hier qui ne permettait pas de comprendre ce dont il s'agissait.

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