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    L’entraînement cognitif et la plasticité cérébrale chez les MCI : une étude d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle


    Les enjeux économiques et sociaux liés à la démence sont indéniables. Selon le World Alzheimer Report (2010), les coûts engendrés par la démence à l’échelle mondiale étaient estimés à 604 milliards de dollars américains. La maladie d’Alzheimer est la plus commune de ces démences. La dernière décennie a été riche en études visant de raffiner les méthodes de dépistage précoce de la maladie d’Alzheimer, de même que l’intervention (pharmacologiques ou autre) auprès de cette population. C’est dans cet optique qu’est apparu le concept de Mild Cognitive Impairment (MCI). On identifie ainsi des sujets présentant un émoussement cognitif objectivé aux épreuves neuropsychologiques formelles mais qui ne rencontrent pas les critères de démence, de par l’absence d’impact significatif au niveau de leur autonomie fonctionnelle. Cette population à risque d’évoluer cers une démence a donc fait l’objet de multiples études, visant entre autres à identifier les facteurs permettant de prédire ceux qui vont développer une démence mais aussi aux façons d’intervenir afin de retarder l’apparition de la maladie.

    Plusieurs chercheurs se sont intéressés à mesurer l’efficacité de diverses interventions à pouvoir retarder l’apparition de la maladie d’Alzheimer chez les sujets MCI. Les études pharmacologiques ont à ce niveau démontré des résultats décevants. D’autres se sont plutôt penchés sur l’utilité de différentes méthodes d’entraînements cognitifs. Plusieurs programmes d’interventions différents ont été étudiés. Un groupe de chercheurs de Montréal sous la direction du Dr. Sylvie Belleville, a développé il y a quelques années un programme d’intervention, le programme MEMO (Méthode d’Entraînement pour une Mémoire Optimale). Ce programme comprenait huit séances hebdomadaires de 120 minutes et s’adressait à de petits groupes de participants (4-6 environ). On leur enseignait entre autres les effets normaux du vieillissement sur la cognition ainsi que diverses méthodes visant à optimiser l’apprentissage (entraînement de l’imagerie mentale, méthodes des lieux, d’association nom-visage et méthode PRST). Dans leur étude initiale (Belleville et collaborateurs, 2006), les chercheurs ont démontré qu’autant les participants normaux que ceux présentant un MCI amélioraient leur performance mnésique à la suite de ce programme d’intervention, comparativement aux sujets qui n’y avaient pas pris part (donc un groupe de MCI et de sujets).

    Dans une étude venant d’être publiée à la revue Brain, le même groupe de chercheurs ont étudié les effets de ce programme d’intervention sur l’activation cérébrale. Un total de 30 sujets ont pris part à l’étude (15 sujets sains et 15 sujets avec un MCI). Les participants ont pris part à un programme d’intervention similaire à celui de l’étude de 2006. On leur a aussi administré une tâche d’apprentissage d’une liste de mot, une semaine avant l’intervention ainsi qu’une semaine après (en utilisant une version parallèle). On a également mesuré l’activation cérébrale à l’aide de l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, lors de l’encodage et la récupération de listes de mots. Les participants ont eu deux séances d’imagerie avant l’entraînement (afin de contrôler les changements d’activations liés à la répétition de séances d’IRM) ainsi qu’une à la fin de l’intervention.

    Tel qu’attendu, les participants ont amélioré leur performance mnésique suite à l’intervention cognitive. L’analyse de l’imagerie fonctionnelle a démontré que les deux groupes présentaient des patrons d’activations différents avant l’entraînement. En effet, Les sujets MCI présentaient surtout une diminution d’activation, tant à l’encodage qu’à la récupération (voir l’étude pour les détails des résultats). Si les deux groupes se sont améliorés quant à leur performance mnésique, l’imagerie a démontré que l’activation cérébrale des deux groupes différait considérablement suite au programme d’intervention. Chez les sujets normaux, on a noté une diminution de l’activation cérébrale lors de l’encodage mais une augmentation lors de la récupération. Par contre, chez les MCI, on a remarqué lors de l’encodage une augmentation de l’activation au niveau du lobule pariétal inférieur droit de même qu’en frontal droit. Des régions impliquées dans la mémoire procédurale (cervelet droit et noyaux gris centraux gauche) ont aussi été décelées. Lors de la récupération, une augmentation de l’activation a été noté en pariétal et frontal (à gauche) de même qu’au niveau de la circonvolution temporale supérieure bilatéralement. En d’autres termes, l’entraînement cognitif a entraîné chez les MCI le recrutement de régions cérébrales qui n’étaient pas active à l’encodage avant l’intervention. Lors de la récupération, une augmentation de l’activation cérébrale a été notée dans une région qui était déjà activée avant l’entraînement, soit le lobule pariétal inférieur gauche.

    Pour les auteurs, le fait que l’intervention entraîne des nouvelles activations dans des régions spécialisées dans le traitement du langage (temporal gauche), la mémoire des objets et la mémoire spatiale (préfrontal et pariétal droit) de même que l’apprentissage d’habiletés (cervelet et noyaux gris centraux) reflète son efficacité, puisqu’elles corrèlent avec le type de stratégie qui a été enseigné aux participants. Un autre résultat intéressant est le fait que l’entraînement cognitif atténue les différences d’activation entre les groupes qui étaient présente avant l’intervention. L’entraînement a en effet diminué les différences qui existaient dans les régions cingulaires et frontales de même qu’en pariétal droit.

    Cette étude suggère que la plasticité cérébrale est toujours présente chez le cerveau vieillissant et ce, même lorsqu’il souffre des effets d’un processus neurodégénératif à ses débuts. En démontrant de quelle façon cette intervention modifie les réseaux fonctionnels impliqués dans la mémoire de même que dans d’autres structures liées aux stratégies mnésiques enseignées, cette étude démontre une fois de plus l’utilité de tels programmes comme stratégie thérapeutique.

    On a parlé de cette étude au téléjournal de Radio-Canada dans son édition du 24 mars 2011. Vous pouvez visionner le reportage, à environ 8 minutes après le début du clip:

    http://www.radio-canada.ca/audio-video/#urlMedia=http://www.radio-canada.ca/Medianet/2011/CBFT/Telejournal201103242200.asx&pos=0

    Références :

    Belleville S., Gilbert B., Fontaine F., Gagnon L., Ménard E. & Gauthier S. (2006). Improvement of Episodic Memory in Persons with Mild Cognitive Impairment and Healthy Older Adults : Evidence from a Cognitive Intervention Program. Dement. Geriatr. Cogn. Disord., 22: 486-499.

    Belleville S., Clément F., Mellah S., Gilbert B., Fontaine F. & Gauthier S. (2011). Training-related brain plasticity in subjects at risk of developing Alzheimer`s disease. Brain, Mar 22 (E pub).

    User Feedback

    Recommended Comments

    Merci Steve pour cet intéressant article ! bien.gif

    J'ai une petite question...

    Combien de temps après l'intervention l'IRM a été proposée ? j'imagine que le délai a dû être court. Ca serait intéressant de voir si avec le temps ces changements d'activation se maintiennent.

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