Jump to content
Le forum de l'OFPN
  • xtromont
    xtromont

    Déficits cognitifs de base dans la dyscalculie développementale


    L'auteur revient tout d'abord sur les 3 critères du DSM-IV qui permettent d'évoquer la dyscalculie développementale (aptitudes arithmétiques du sujet inférieures au niveau escompté, compte tenu de l'âge, l'intelligence et l'enseignement reçu; les faibles aptitudes observées doivent interférer avec l'adaptation courante ou la réussite scolaire; absence de déficit sensoriel).

    Il existe plusieurs types de dyscalculie: la dyscalculie des faits arithmétiques (taux important d'erreurs pour des calculs simples entre deux nombres à un chiffre, temps de réponse élevé en raison de stratégies immatures), la dyscalculie procédurale (difficulté de maîtrise des algorithmes permettant la résolution d'opérations en colonnes), la dyscalculie de type alexie agraphie des nombres (difficulté de lecture et écriture des nombres), la dyscalculie visuo-spatiale (trouble des relations spatiales: alignement des nombres, position d'un chiffre dans un nombre, géométrie?). Evoquer une dyscalculie développementale est donc presque un abus de langage dans la mesure où les difficultés rencontrées peuvent être multiples et varier tout au long du parcours scolaire.

    4 facteurs cognitifs de base sont considérés dans cet article quant à l'origine possible des dyscalculies développementales: une limitation intellectuelle, une limitation des capacités de la MDT, une faiblesse au niveau des gnosies digitales, une représentation sémantique du nombre qui est problématique. Il ne s'agit pas d'une véritable recherche expérimentale, mais d'une revue de la littérature consacrée au sujet.

    La population est généralement évaluée à partir de tests standardisés en mathématiques. Le critère typiquement utilisé pour dire qu'un sujet est "dyscalculique" consiste à retenir les sujets ayant un score inférieur au percentile 20 ou 30, rares sont les études utilisant un critère plus strict en termes de déficit (performance inférieure au percentile 3). Avec un critère aussi peu restrictif, l'auteur parle d'enfants DAM (en difficulté d'apprentissage en mathématiques), plutôt que de dyscalculiques purs.

    1er facteur: une question d'intelligence ?

    Les données de la littérature ne confirment pas cette hypothèse puisque dans une étude portant sur 3000 sujets de 4e primaire, ceux présentant un niveau en maths correspondant à deux ans de retard ont un QIP moyen de 102,4 et un QIV moyen de 94,8 (après retrait du subtest arithmétique).

    2e facteur: une limitation des capacités de MDT ?

    De nombreuses études ont montré l'implication de la MDT dans les calculs, simples ou complexes, chez l'adulte comme chez l'enfant.

    Plusieurs études avaient également montré l'existence de plus faibles capacités de la boucle phonologique chez les enfants DAM, avant de prendre en compte l'implication de la dyslexie (où l'on retrouve également une faiblesse de la boucle phonologique) et donc sa mesure? lorsque le niveau de lecture est évalué chez les dyscalculiques, alors les différences entre les élèves DAM ou non DAM au niveau des capacités de la boucle phonologique disparaissent ou sont alors nettement réduites.

    Les recherches concernant l'implication de la composante visuo-spatiale de la MDT dans les tests mathématiques donnent lieu à des résultats divergents en fonction des subtests utilisés (blocs de Corsi, matrices de Wilson) et de l'âge des sujets évalués.

    Enfin, la composante administrateur central de la MDT a été évaluée par le biais de certaines mesures (par exemple avec l'empan en ordre inverse) et semble montrer de façon régulière que les enfants DAM présentent des faiblesses marquées comparativement aux enfants sans difficultés d'apprentissage. S'ensuit une revue fournie des difficultés liées aux problèmes mathématiques chez certains sujets (stratégies inopérantes, comptage inefficient, récupération possible ou non de "faits mathématiques" en MLT permettant de gagner du temps) pour finalement conclure que, effectivement, les enfants DAM présentent des capacités de MDT plus faibles que celles des contrôles, faiblesse associée à un développement plus réduit du vocabulaire numérique, une chaîne numérique plus courte et moins élaborée, des stratégies moins élaborées de résolution des additions, de moins bonnes capacités de contrôle des pas de comptage et un taux plus élevé d'erreurs de résolution des calculs.

    3e facteur: une faiblesse au niveau des gnosies digitales ?

    Les doigts jouent manifestement un rôle important dans le développement numérique de l'enfant et sont utilisés dans le dénombrement, comme collection témoin ou pour compter lors de petites opérations.

    L' agnosie digitale est souvent associée à une acalculie, survenant classiquement à la suite d'une lésion relativement ciblée du gyrus angulaire de l'hémisphère dominant. Dans certains cas, ces deux troubles sont également associés à une confusion droite/gauche et à une dysgraphie (syndrome de GERSTMANN, 1940), cas rapportés tant chez l'adulte (lésions acquises) que chez l'enfant (troubles développementaux) et qui peuvent également faire penser au "dysfonctionnement non verbal" (cas d'enfants qui présentent des capacités en maths inférieures à celles en lecture, habituellement reliées à un dysfonctionnement de l'hémisphère droit plutôt que de l'hémisphère dominant).

    Plusieurs études ont montré que les capacités de gnosies digitales mesurées en fin de maternelle permettaient de prédire de façon significative les capacités en maths de ces mêmes enfants 1 an, voire 3 ans plus tard. Selon une perspective fonctionnaliste, la difficulté au niveau des gnosies digitales rendrait ardue la mise en place des premiers apprentissages numériques, comme le dénombrement, parce que les doigts seraient utilisés de manière peu efficiente. La perspective localisationniste explique les associations entre gnosies digitales et capacités numériques par la simple proximité géographique des zones cérébrales qui sous-tendent les représentations numériques et digitales.

    4e facteur: une représentation sémantique du nombre problématique ?

    Selon BUTTERWORTH (1999), la dyscalculie développementale serait causée par le déficit d'une capacité innée à représenter la magnitude d'un nombre (c'est-à-dire la quantité à laquelle il réfère).

    Cela se vérifie selon cet auteur par un ralentissement des enfants dyscalculiques (mais aussi chez les dyscalculiques dyslexiques) de 8-9 ans à pouvoir comparer la magnitude de nombres arabes, comparativement à des sujets contrôles et à des sujets dyslexiques purs. Ce ralentissement s'observe encore dans des tâches de lecture de nombres arabes (1 à 2 chiffres), de comptage à voix haute (nombres de 1 à 20 par exemple), de dénombrement de collections de points.

    Toutes ces tâches numériques impliquent un traitement de codes symboliques (chiffres arabes ou numéros verbaux). Comment savoir alors si la représentation sémantique des nombres est bien affectée ou si c'est l'accès à cette représentation à partir de ou vers un code symbolique qui est problématique ? une recherche récente de l'auteur (ROUSSELLE et NOEL, 2006), menée sur 46 enfants DAM de CE1 et leurs contrôles (appariés sur âge, niveau intellectuel et classe), tente de répondre à cette question en proposant alors plusieurs épreuves:

    -comparer la grandeur numérique de 2 chiffres arabes (qui nécessite l'accès à la quantité à partir d'un matériel symbolique, puis un traitement de cette quantité)

    -comparer une collection de bâtons de mêmes tailles (traitement de la quantité sans manipulation de codes symboliques, condition facile)

    -comparer une collection de bâtons de tailles différentes (traitement de la quantité sans manipulation de codes symboliques, condition difficile).

    Les résultats obtenus indiquent à nouveau le ralentissement des enfants DAM dans la tâche de comparaison de chiffres arabes, tandis que les deux situations de comparaison non symboliques ne mettent en évidence aucune différence entre les DAM et leurs contrôles. Cela semble donc venir confirmer que c'est bien une difficulté au niveau de l'accès à la représentation sémantique du nombre à partir du code symbolique plutôt qu'une difficulté même au niveau de cette représentation. L'auteur n'exclut toutefois pas qu'il soit également possible de rencontrer de réels déficits au niveau de la représentation sémantique du nombre chez certains enfants dyscalculiques.

    En conclusion, sur la base de la revue bibliographique effectuée par l'auteur, il semble donc bien que les troubles d'apprentissage des mathématiques ne soient pas liés à une déficience intellectuelle, mais qu'ils soient explicables par une limitation des ressources de la MDT (notamment dans la composante administrateur central), une faible capacité de la gnosie digitale et une difficulté d'accès à la représentation de la magnitude des nombres à partir des codes symboliques.

    Source: M.P. NOEL, ANAE, 2005, 85, 299-304

    User Feedback

    Recommended Comments

    There are no comments to display.



    Guest
    Add a comment...

    ×   Pasted as rich text.   Paste as plain text instead

      Only 75 emoji are allowed.

    ×   Your link has been automatically embedded.   Display as a link instead

    ×   Your previous content has been restored.   Clear editor

    ×   You cannot paste images directly. Upload or insert images from URL.


×
×
  • Create New...