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Congrès National de Neuropsychologie Clinique APPEL A COMMUNICATION

Vous avez été nombreux/ses à vous inscrire pour le CNNC d'octobre 2021 à Rennes et l'ensemble des bénévoles de l'OFPN vous en remercie !
Ce fut une longue réflexion que de décider du maintien en présentiel ou non, votre engouement nous a rassuré dans ce choix, nous nous retrouverons très bientôt en chair et en os !


Pensez à consulter le site du CNNC (http://www.cnnc.fr/ ) pour organiser votre venue en toute sérénité : informations sur les restrictions sanitaires, conseils transports et lieux d'hébergement, accessibilité, etc. 

 

N'hésitez pas à signaler votre présence aux autres membres via la calendrier : https://www.neuropsychologie.fr/calendar/event/527-congrès-national-de-neuropsychologie-clinique-2021/

  • DominiqueC
    DominiqueC

    Soigner à tout casser

    « Les cellules qui sont malades, et les nouvelles cellules du cerveau qui sont potentiellement malades doivent être détruites. Sinon, des rechutes surviendront. Un point fondamental (en psychiatrie) est donc de vérifier la destruction dans le cerveau de chaque cellule atteinte de maladie mentale » Hoff (1959).


    Vera et Clara étaient deux adolescentes lorsqu’elles furent enfermées en psychiatrie entre décembre 70 et mai 71. L’une et l’autre y subirent des électrochocs ainsi que de comas à l’insuline. Plus tard, l’une est devenue médecin et l’autre licenciée en philosophie et sculpteur. Ces deux femmes nous proposent aujourd’hui un regard critique sur ce qu’elles nomment « la psychiatrie lourde », au travers de trois approches, personnelle et subjective, médicale et sociétale.

    La première partie du livre est consacrée aux situations qui ont amené Vera et Clara à être hospitalisées, aux doutes et problèmes existentiels qui furent à l’origine d’une réponse médicale lourde, là où un peu de temps et quelques aménagements auraient surement été moins dévastateurs. Jeunes filles créatives, elles passèrent leurs journées à réaliser des colliers de poix, car l’écriture ou la lecture étaient devenues impossibles.

    Dans une deuxième partie, Vera et Clara se sont intéressées à l’historique des techniques thérapeutiques, leurs bases scientifiques et leurs effets secondaires.

    Rapidement, concernant les cures à l’insuline, le traitement psychiatrique était basé sur des chocs provoqués par des comas hypoglycémiques successifs. Ce traitement a été abandonné par la plupart des pays après les années 60 à l’exception des pays francophones et de l’ex URSS. Cette cure est dangereuse (1 à 4.9% de mortalité), associée à des effets secondaires graves (paralysie, hémiplégie, troubles cognitifs, etc.) et a été utilisée chez des enfants de moins de 10 ans et des femmes enceintes. L’idée psychiatrique à la base de la cure d’insuline était donc de plonger le malade dans le néant « afin ensuite de reconstituer sa personnalité » (Baruk, 1966). Dans ce contexte, il est intéressant de noter que si cette cure a été arrêtée dans de nombreux pays dés les années 60, son utilisation en France a été poursuivie dans le cadre de l’approche psychanalytique jusque les années 85 (Juillet, 1980 ; Cohen, 1985). Pour reprendre Vera, Cohen a entreprit de démontrer que les comas hypoglycémiques induisent bien une régression affective du patient, en donnant pour argument principal la similitude « touchante » entre l’examen neurologique perturbé de l’adulte après un coma diabétique et l’examen du nouveau-né. Au réveil, le soignant est censé représenter « l’image objet qui fournit le plaisir ».

    Dans une troisième partie, les auteurs se sont intéressées plus particulièrement au diagnostic en psychiatrie en pointant du doigt le coté indélébile qu’il aura sur le patient (voir l’expérience de Rosenhan) et le coté nécessairement subjectif qui ouvre toujours une versant lui, très objectif, celui de la médication. Le DSM IV est en ligne de mire et les auteurs empruntent d’ailleurs une jolie démonstration de Johnstone : « Des critères très précis peuvent être pris pour décrire le père noël : il faut un habit et un chapeau rouge, une grande barbe blanche, une hotte à jouets, qu’il se déplace en traineau, plutôt vers la fin de décembre, etc. ». Même si un large consensus reconnait ces critères comme caractéristiques du père Noël, cela ne prouve en aucune manière qu’il existe réellement.

    Dans une quatrième partie, Vera et Clara se sont attardées sur ce qu’elles appellent les atteintes à la dignité. Il existe deux poids, deux mesures, selon que l’on souffre aujourd’hui d’un trouble psychiatrique reconnu comme tel (schizophrénie par exemple) ou d’un trouble neurologique (maladie d’Alzheimer). Dans un cas, la personne sera privée de sortie, son traitement sera lourd de conséquences et le milieu dans lequel il évoluera sera des plus pauvres. Dans l’autre cas, on favorisera les visites de la famille, on égaiera sa vie avec des sorties, des ateliers et l’on prendra bien soin de ne pas surcharger le traitement pour préserver les fonctions cognitives du patient.

    Enfin, la dernière partie porte sur les conséquences sociales d’une histoire psychiatrique, sur les répétitions de scenarii. La pauvreté augmente le risque de maladie mentale tandis que la maladie mentale est souvent à l’origine d’un appauvrissement. La boucle serait bouclée pour les auteurs.

    Vous l’aurez compris, Véra Netelzang et Clara Frost m’ont rendu la tâche bien complexe, car aussi intéressant que soit le livre, la diversité des thèmes abordés rend sa présentation très difficile. L’intérêt principal est pourtant là : ce livre fait le point sur le jeu des causes et conséquences de la maladie mentale telle qu’elle est conçue par la psychiatrie lourde. Même si les auteurs ne le mentionnent pas explicitement, je rapprocherais assez leur ouvrage du mouvement antipsychiatrique. Sur le coup, je vous avoue que j’ai eu de nombreux doutes sur la capacité des auteurs à produire un ouvrage assez objectif compte tenu de leur parcours justement. Pour autant, même si le vécu est présent au travers de tous les chapitres (le ressenti devrais je dire), les faits sont étayés et les références sont nombreuses. L’écriture est vraiment agréable et j’avoue avoir beaucoup réfléchi entre chaque chapitre sur des choses comme les fondements du DMS IV, notre tendance à trouver dans l’autre ce qu’on imagine de lui, voir les dangers de psychiatriser notre quotidien, etc.

    Comme le dit Vera, que serait le monde sans une dépressive comme Virginia Woolf ? Qu’adviendra-t-il si la psychiatrie se charge d’éteindre toute parcelle d’émotion sous prétexte que cela corresponde à une branche pathologique du DSM IV.

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