Ven 05 Fév |
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Ainsi M. Sibony, plutôt à l’ère du temps avec un site Internet et une page youtube, a-t-il mis en ligne une vidéo (consultable sur Youtube ou directement à partir de cet article) pour revenir sur la manière dont sont pris en charge les patients atteints de la maladie d’Alzheimer dans nos structures de soins. Au départ curieux et intéressé, je grince toutefois des dents alors que la première minute n’est pas terminée lorsque M. Sibony évoque la thérapie « neuro-psycho-physio-logique ».
A ma connaissance, cette thérapie n’existe pas. La neuropsychologie existe, la psychophysiologie existe, on trouve même quelques références évoquant la neuropsychophysiologie mais ces domaines sont théoriques et non thérapeutiques. D’ailleurs, il convient peut être de rappeler que la psychophysiologie, science fondamentale, n’est pas interchangeable avec la neuropsychologie, tant dans ses objets que dans ses méthodes. Elle a participé à jeter les bases d’une psychologie scientifique mais n’est pas une évolution naturelle de l’une vers l’autre. Introduire un discours sur une telle approximation apparait donc plutôt malheureux mais qu’importe, je continue ma lecture !
Quelqu’un (qui ?) aurait donc montré à M. Sibony des « exercices pour prévenir la perte de mémoire ». Puisqu’il entend s’attaquer à cette question des « exercices de mémoire », je crois que la démonstration ne pouvait pas faire l’économie d’un peu de précision sur la personne à l’origine de cette proposition.
Si je me filmais en disant ceci : « une personne à l’hôpital m’a dit que rêver du décès de ma mère était un moyen inconscient de prolonger sa vie » et que je m’arrêtais sur ces propos pour bâtir une argumentation contre la notion d’inconscient en soulignant la psychologie de comptoir du discours que l’on m’a tenu, qui pourrait me prendre au sérieux ? Quel professionnel travaillant avec l’inconscient ne s’agacerait pas de la situation, à juste titre ?
Si cette personne est atteinte d’une maladie d’Alzheimer, la prise en charge ne cherche plus à « prévenir la perte de mémoire » puisqu’elle est installée et que nous connaissons les soubassements neurologiques de cette perte.
Si la personne n’est pas encore atteinte de la maladie d’Alzheimer, on tombe alors dans le champ théorique des réserves cognitives mais la grande majorité des articles sérieux vont tous dans le même sens : ce ne sont pas des exercices qui enrichissent cette réserve mais les interactions sociales, les activités professionnelles, le niveau socio culturel...
Ainsi, on part d’un présupposé faux (il existe une thérapie neuropsychophysiologique) pour lui prêter des caractéristiques contradictoires par la nature même de la maladie (prévenir la perte de mémoire chez une personne amnésique). Le procédé peut il être encore de la maladresse ? Pourquoi pas… je continue donc ma vidéo.
M. Sibony décrit en quelques phrases les exercices proposés et, sans qu’aucune justification ne soit donnée, créé un nouveau lien entre « cette espèce de thérapie » et « un petit peu comportemental ». Par quel biais introduit-il le versant comportemental ? la présentation d’images à apparier ? Là, je me dis que s’opère un glissement sémantique, l’air de rien, mais sans que rien ne justifie les propos. Embêtant… pour le moins !
S’en suit l’élaboration d’un concept intéressant : « la stimulation inerte », qui consiste à associer des images sans lien entre elles. Sur ce point, je crois que beaucoup seront d’accord avec M. Sibony : c’est pour le moins inintéressant et sans généralisation possible au quotidien. Si M. Sibony s’était intéressé à ce que racontent les neuropsychologues, il aurait appris que nous critiquons le plus souvent l’utilisation de cahiers d’exercices, d’exercices en ligne tels qu’ils peuvent se vendre aujourd’hui justement à cause de la nature du contenu. En EHPAD, les psychologues passent beaucoup de temps à chercher du matériel chargé en histoire, d'affectif, pour construire avec les résidents des interactions se basant sur leur passé. L’idée n’est pas de stimuler la mémoire mais de créer des interactions sociales entre les gens, de leur donner l’envie de sortir de leur chambre, de prendre du plaisir en se remémorant des souvenirs encore préservés.
Nous sommes donc d’accord sur ce point : il y a quelque chose de pathétique lorsqu’on passe à coté du vrai problème...
Le psychanalyste poursuit avec un concept que je ne connaissais pas : « la mémoire d’ordinateur ». Elle existerait chez nous en plus. M. Sibony défend là un concept qu’il faudrait étayer avec des références car les spécialistes de la cognition s’étonneront de l’existence de cette mémoire. Les neurosciences, la psychologie cognitive et la neuropsychologie investissent de plus en plus cette relation « mémoire et émotion » et ne valident pas ce concept dépassé de mémoire inerte. Pour s’en convaincre, je renvoie les intéressés à ce simple blog de ma chère collègue Marie sur la neuropsychologie de la madeleine de Proust : http://www.neuropsychologie.fr/index.php?option=com_myblog&show=lhippocampe-de-prousthtml&Itemid=159
La suite de sa démonstration est un phénomène bien connu des neuropsychologues puisqu’il ne fait que décrire la puissance des associations qui renforcent les réseaux neuronaux décrits dans la référence de Marie. Plus il existe de liens entre les concepts, plus la force de ces liens est grande, plus les entrées sont nombreuses et les chances de rappeler l’événement importantes. Nous sommes d’accord et cet accord se fonde même sur des données scientifiques. Qui l'eût cru ?!
Les derniers propos de M. Sibony signent tout le malentendu qui s’est instauré au fur et à mesure de son discours : il en a vraisemblablement terminé avec la neuropsychophysiologie puisque tout semble pouvoir être résumé sous le vocable « approche comportementaliste » qui est mis en opposition avec une « subjectivité symoblique » qui mobilise le sujet avec un grand S.
Alors pourquoi m’être attardé sur ces propos ? il me semble que le malaise qui peut exister entre les différents courants vient souvent de la maladresse de certains qui : -ne maitrisent pas les concepts en question -pratiquent le réductionnisme et le néologisme armé -opposent des concepts pour finir par destituer un courant au profit d’un autre En utilisant ces procédés, il serait possible de défendre qu'il y aurait une approche respectueuse des particularités de chacun et une approche animale, mécanique et visiblement sans intérêt...
Je dis : NON, les choses ne fonctionnent pas comme ça et j’invite les neuropsychologues, les psychologues d’orientation analytique et tous les autres à refuser ce genre d’amalgames qui font trop d’économies pour être honnêtes. Le respect de chacun ne se trouve pas dans la deconstruction de l'autre ! Commentaires (8)
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chrislipsys
said:
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... Jadhère tout à fait à vos propos, il y a bien de l'amalgame, du réductionnisme et de la confusion dans tout cela, mais il ne faudrait pas réduire La Psychanalyse à cet auteur. Ces propos n'engagent que lui et je ne crois pas qu'il parle au nom du mouvement psychanalytique français. C'est là le seul tout petit bémol que j'émettrais. Par ailleurs toute démarche de médiatisation de pseudo concept semble inadéquate avec une démarche scientifique; mais semble plutôt motivée pour le moins par une revendication narcissique et pour le pire par une dimension mercantile. Alors disons NON comme vous le suggerez et dénonçons ces approximations. Merci pour votre vigilance. |
viviM
said:
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... J'entends de plus en plus parler de neuro-psychanalyse. Les auteurs qui se réfèrent à cela ont très bien réussi à marier ces deux disciplines de la psychologie qui peuvent paraître si éloignées. Un même processus peut être analysé sous l'angle de la psychanalyse et sous celui de la neuropsychologie. Il est expliqué de manières différentes mais le processus en lui-même est bien là. Beaucoup d'écrits sur internet montrent l'écart entre ces deux orientations théoriques, mais si l'on cherche bien, on trouve aussi des rapprochements.... L'avenir nous dira si les psychologues (ayant tous la même formation initiale) réussiront à s'entendre et à travailler ensemble malgré leurs divergences théoriques... |
celine14
said:
jmd
said:
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... J'avoue que malgré ce qu'il semble croire de lui même, M. Sibony ne m'apparaît pas comme quelqu'un d'ouvert. J'ai été voir un peu son site et une autre vidéo, il y a peu d'ambivalence dans ses propos: toute autre thérapie que la psychanalyse est une sous forme de thérapie, utilisant maladroitement la notion d'inconscient (cf le descriptif et la vidéo sur son livre "l'enjeu d'exister" http://www.danielsibony.com/livre32.html). Malheureusement, ce type de propos dessert tout le monde. Sur la prise en charge de la maladie d'Alzheimer, il y a effectivement beaucoup à dénoncer. Tout le monde et n'importe qui monte des ateliers mémoire (on en a déjà parlé il me semble). Mais ce que j'entends du discours de ce monsieur, ce n'est pas une volonté d'améliorer la prise ne charge des personnes atteintes mais un simple dénigrements des autres thérapies que la psychanalyse. Il ne laisse aucune place au dialogue. Cependant, plutôt que m'énerver trop longtemps sur ce type de propos, je préfère renforcer les liens que j'ai avec des psychologues d'autres bords. Newton disait: "Les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts". |
arkoko
said:
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Siboni moderne ? Un peu hors sujet mais je réponds à la partie prétendant que Siboni serait moderne sous prétexte qu'il possède un site Internet et une page Facebook ! Non cela n'est pas preuve de modernisme en tous les cas dans son cas. Cela prouve juste que Siboni continue d'exploiter la bonne volonté de personnes compétentes autour de lui à qui il promet monts et merveilles mais dont il se débarrasse dès qu'il s'agit de les rémunérer convenablement (et encore bien en dessous d'une rémunération "normale"). La notoriété aidant, la mine de "p'tits jeunes serviables" est inépuisable... je peux en témoigner... Avec de telles manières je suis donc peu étonnée que le monsieur "surfe" sur la vague de la neuro !... Opportunisme quand tu nous tiens !... |
Ewa
said:
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... Je crois qu'après tout d'importants aspects sont abordés par Daniel Sibony. Aucun clinicien qui se respecte ne nierait l'importance du relationnel, de la charge affective de nos souvenirs, de la place qu'on accorde au malade et le travail qu'on doit faire pour s'adapter à son langage sans pour autant l'infantiliser. Puis, pour les proches, les interlocuteurs, et souvent les thérapeutes, le fait d'être impliqué, "embarqué" dans le vécu émotionnel du patient. Ce qui m'étonne d'une part c'est la facilité avec laquelle il réduit notre travail aux exercices de reconnaissance des formes géométriques. Qu'il croit que juste avec un peu de "volonté" on arrivera à stimuler la mémoire de la personne qui l'ait perdue. On dirait que ce monsieur n'a jamais compris ce que veut dire pour un proche DEVOIR (non pas vouloir) répéter les mêmes questions tous les jours. A-t-il compris que c'est parfois le seul le cadre de familiarité et sécurité que cette répétition peut constituer pur un malade? Et ce n'est pas parce ces questions paraissent simples, qu'elles sont vidées de sens et de l'affectif. Etre confronté à une maladie dégénérative dans sa famille, c'est se voir soi même mis à rude épreuve. Et c'est de ces moments, sourires, répétitions, gestes qu'est souvent faite la thérapie. |
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La psychanalyse et ses représentants ont très certainement des choses à nous apporter face aux grandes questions que suscite la maladie d’Alzheimer mais encore faut il qu’elle le fasse avec rigueur et en partant d’un minimum de connaissances sur ce qu’elle entend dénoncer.

