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Déc

Une mémoire de travail inhumaine ! PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Cazin   

Le site Telegraph nous fait part d’une information tout à fait passionnante parue le 4 décembre dans le périodique Current Biology. Des chercheurs de l’institut de recherches sur le primate (université de Kyoto ) viennent de rapporter que de jeunes singes pouvaient se montrer bien supérieurs à des étudiants sur une tâche de mémoire de travail. Cette information est très surprenante pour le professeur Tetsuro Matsuzawa puisque, jusqu’à présent, il était assez largement entendu que l’être humain est incontestablement supérieur sur le plan cognitif à tous les autres primates.

Tetsuro Matsuzawa  et Sana Inoue ont développé une tâche de mémoire de travail dans laquelle des chiffres apparaissent durant une fraction de seconde avant d’être masqués par des carrés blancs. Les participants doivent alors toucher les carrés en respectant l’ordre numérique précédemment établi.

La durée de présentation des chiffres était aléatoire et comprise entre 600 ms et 210 ms. Les étudiants impliqués dans cette tâche ont vu leur pourcentage de bonnes réponses décliner en fonction du délai de présentation (moins bonnes réponses pour les temps les plus courts). A 210ms, les résultats étaient attendus puisque cette durée de présentation correspond à la fréquence de balayage de l’œil humain, empêchant donc les étudiants de percevoir suffisamment rapidement tous les numéros présentés sur l’écran. Les chercheurs ont découvert qu’il en était de même pour les chimpanzés âgés en observant Ai, un primate de plusde 20 ans.

Par contre, les résultats se sont avérés très différents pour plusieurs jeunes chimpanzés. Ayumu , l’un de ces primates (7 ans), n’a montré aucune baisse de performances et ce quel que soit le temps de présentation des chiffres à l’écran.

Ces jeunes chimpanzés ont fait preuve d’une capacité proche de ce que certains appellent la mémoire eidétique, une faculté à former très rapidement des souvenirs d'une grande quantité d'images, de sons ou d'objets dans leurs moindres détails. Une telle mémoire « photographique » est connue pour être présente chez certains jeunes enfants, capacité qui disparaît avec la maturation.

Pour l’auteur, une mémoire de travail très rapide est sans aucun doute une habileté très utile pour les chimpanzés.

« Supposons qu’un groupe de mâles rencontre un autre groupe durant une patrouille de leur territoire. Il est primordial de savoir combien d’ennemis sont présents et où ils se trouvent » souligne Matzuzawa. « De même, si un singe arrive devant un figuier gigantesque, il doit très rapidement mémoriser l’emplacement de tous les fruits mûres mais aussi la place des autres mâles car il n’est pas admis qu’un singe se nourrisse à coté d’un mâle d’un rang supérieur ».

Maintenant, les chercheurs japonais vont devoir déterminer sur quelle durée la trace mnésique persiste. Lors d’un essai, Ayumu a été distrait pendant 10 secondes (voir vidéo 3) et a tout de même réussi à restituer tous les chiffres dans le bon ordre.

Matsuzawa suggère que les humains auraient perdu cette mémoire eidétique au cours de leur évolution laissant ainsi au cerveau la possibilité de mettre en place d’autres processus très complexes comme le langage.

Performances du chimpanzé Ayumu

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Performances d'un participant humain

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Episode des 10 secondes de distraction

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Source :  Inoue, S. & Matsuzawa, T. (2007). Working memory of numerals in chimpanzees. Curr. Biol.17: R1004-R1005 .


Commentaires (8)add comment

Roxane said:

RoxaneL
...
So impressed! Belle leçon d'humilité! smilies/smiley.gif
décembre 06, 2007

Fréderix said:

Bill
...
Ce genre de démonstration ne conduit-elle pas simplement montrer que le singe a développé une bonne mémoire iconique (purement sensorielle) au détriment ou en l'absence de toutes les autres formes de mémoire (dont une véritable mémoire de travail). L'humain, lui, a développé une mémoire de travail, une mémoire sémantique (qui lui fait accéder au sens des signes que sont les digits) et bien d'autres choses et il ne peut aisément (ou il ne peut plus) faire abstraction de celles-ci lors d'une épreuve de ce genre. Ses mémoires de "haut niveau" interfèrent donc avec cette mémoire iconique de bas niveau.
Question naïve et ouverte.
décembre 06, 2007

Dominique Cazin said:

DominiqueC
...
Je pense que les auteurs de cette recherche parlent de mémoire de travail car l'épreuve implique un traitement de l'information qui consiste ordonner les chiffres. C'est une opération qui m'apparait suffisament complexe (et d'autant plus pour un singe peut être?) pour ne pas impliquer que le seul registre sensoriel non ? En lisant ça, je me suis également posé la question de la mémoire iconique la place de ce concept non validé de mémoire eidétique mais la notion de traitement n'y est pas intégrée ma connaissance.
décembre 07, 2007

Dominique Cazin said:

DominiqueC
...
Pour continuer la réflexion sur cette question et faire un pas dans ton sens Bill, on peut toujours se demander si les humains ne sont pas "juste" désavantagés par une "trace" iconique trop faible du fait du délai trop court. Sur cette trace affaiblie, il serait plus difficile d'effectuer le traitement demandé par l'épreuve. Maintenant, sur des temps de présentation acceptables pour l'être humain, Ayumu continue de surclasser les étudiants en réussissant des séries de 9 chiffres comme on peut le voir sur cette vidéo : http://ressources.neuropsychol...clip.2.flv

Chez les étudiants, on enregistre 40 % de BR pour une série de dix chiffres après sept dixièmes de seconde de visualisation contre 80% pour Ayumu.
décembre 08, 2007

Fréderix said:

Bill
...
Je ne parviens pas la vidéo. Mais, quoiqu'il en soit, la tâche n'implique pas, pour le singe, de retenir une série de chiffres mais une série de positions visuo-spatiales associées des icônes . Il a du "apprendre" la série de chiffres (des signes visuels pour lui) auparavant et a du être "conditionné" les redonner dans l'ordre imposé. Pour l'homme, c'est aussi une série apprise mais il l'associe des représentations sémantiques. A moins d'avoir "appris" que 9 conduit une récompense plus importante que 7 ou 8, le singe n'a pas cette représentation sémantique des digits. Bref, j'ai tendance penser que le singe a des capacités visuo-spatiales supérieures car ces capacités sont essentielles sa survie et qu'elles ne sont pas "amoindries" par des processus cognitifs de plus haut niveau. Mais de l en tirer la conclusion que sa mémoire de travail est supérieure celle de l'homme, je doute. Et encore faut-il admettre que seul le "visual scratch path" (je ne suis plus sûr de l'orthographe mais vous m'aurez compris) est peut-être impliqué dans cette expérience.
Voil , voil , on s'amuse comme on peut et je reconnais que j'y trouve un certain plaisir car je suis un humain et non un singe... smilies/cheesy.gif
décembre 08, 2007

Dominique Cazin said:

DominiqueC
...
J'ai corrigé le lien pour la vidéo.

C'est marrant ta derniere réflexion car ca me replonge dans mes cours de licence sur le comportement animal.Je ne dis pas que c'est ce que tu as voulu dire mais un enseignant tout fait remarquable nous disait tout le temps qu' chaque fois que les hommes trouvent une caractéristique commune au singe et l'homme, ils se séparent aussi vite de cette caractéristique pour éviter "tout mélange des genres" (c'était dans le contexte du langage chez le primate et de comportements complexes tels que la prise de pouvoir au sein d'un groupe et la transmission de savoir comme pour l'utilisation de certains outils). L'auteur de cette étude a publié un papier un peu dans ce genre d'idées : http://www.pri.kyoto-u.ac.jp/p...index.html smilies/smiley.gif

Au pire, même s'il n'y a pas de "traitement" des valeurs numériques, n'est il pas difficile d'imaginer une mémoire iconique de plus de 10 secondes ? Est ce qu'on ne se trouve pas alors dans un équivalent de calepin visuo-spatial (qui de ce fait, justifie l'utilisation du terme mémoire de travail) ?

Enfin, les chiffres ne se suivent pas tous. Parfois, les séries sont de type : 1-4-5-7-9. Les combinaisons sont multiples et je n'ai pas lu que les singes avaient appris toutes les combinaisons possibles sur cette série de 9 chiffres. Si ce n'est pas le cas, il faut bien qu'il détermine quel chiffre vient après l'autre, au del donc, d'une retranscription passive d'une image visuelle non ?

J'ai contacté le Dr Matsuzawa afin qu'il nous donne son avis sur la nature passive ou active de la restitution. J'espere qu'il nous répondra smilies/cheesy.gif
décembre 09, 2007

Fréderix said:

Bill
...
Ce que je voulais dire, c'est qu'il me semble (je suis loin de m'y connaitre en ce domaine) que le cortex du singe est très largement dévolu aux fonctions visuo-spatiales. L'homme n'a t-il pas utilisé une partie de ces compétences pour développer la lecture par exemple et cela au détriment d'autres capacités visuo-spatiales. Le singe peut donc nous être supérieur dans certaines tâches perceptives sans que cela implique une supériorité comportementale et écologique. Et, s'il peut intégrer plus rapidement que nous des informations purement visuo-spatiales qui alimentent bien entendu sa mémoire iconique et son calepin visuo-spatial, ceci ne signifie pas pour autant que son calepin soit plus développé ou plus compétent d'une manière générale. Et, encore moins, que sa "mémoire de travail" nous soit supérieure. Si l'observation de ses capacités exceptionnelles est intéressante, la comparaison avec l'homme n'a tout bonnement aucun intérêt. Enfin, c'est ce que je crois mais je peux changer d'avis...
J'ai donc voulu attirer l'attention sur le fait que les comparaisons de ce genre sont dangereuses car les traitements réalisés sont sans doute bien différents chez le singe et chez l'homme. Ce dernier code les signes que sont les chiffres au niveau phonologique et au niveau sémantique, ce qui modifie considérablement les stratégies qu'il peut utiliser pour réaliser la tâche. Ces traitements supplémentaires l'handicapent en quelque sorte dans les résultats la tâche demandée.
Je ne sais pas si j'ai réussi être plus clair sur mes questionnements. Pour ma remarque finale sur le plaisir, je maintiendrai jusqu' preuve du contraire que le singe n'éprouve pas de plaisir se poser ce genre de questions puisqu'il ne se les pose pas. Quel bol il a, me direz-vous. Eh oui, lui, il peut se contenter de l'essentiel sa vie, son espèce, ... Lorsqu'il s'intéressera la neuropsychologie, on en reparlera. Je reconnais simplement que tout ce que je dis l ne fera pas avancer le schmilblick. LOL.
Amicalement,
décembre 10, 2007

Dominique Cazin said:

DominiqueC
...
Nous avons beaucoup de chance car le Dr Matsuzawa m'a répondu et je vous communique sa réponse (qui amènera surement des commentaires... ):

Dear Friend,

I am not the expert of the memory process, so that I may not be able to give the adequate answer to your question.You ask me whether it is iconic memory or working meory.What should be the critical difference in the prerequisites or performance?

The following information may help you.The mother chimpanzee, Ai, is only one chimpanzee who knows the "meaning" of numerals.She is the first chimpanzee who learned to use arabic nemerals to label the every day life items (see NATURE 1985 paper in the reference 5).She knows both the cardinal aspect (one, two, three...) and the ordinal aspect (first, second, third....) of the numerals.In that sense, she is just like us, humans (university student in this article).

Ayumu, the son, and the other subjects except Ai, has the knowledge of the numeral sequence (the ordinal aspect)but lack the knowledge of the meaning (the cardinal aspect).In our data, I believe that this kind of knowledge has no influence on the data.However, there is a possibility of interferencing effect of the knowledge of meaning.The possibility should be tested in the further tetsts.

What we showed in this article is very simple:There is a memory task in which young chimpanzees are better than human adults.Please come to see the video clip, especially the summary of the project, 10 min long, 153MB. http://www.pri.kyoto-u.ac.jp/a...oject.html

Unfortunately I am leaving on the 14th Dec for Africa via Paris, to study wild chimpanzees,Please feel free to directly contact the first author, Ms. Sana INOUE, for further questions.sanainoue@pri.kyoto-u.ac.jp

Thank you for your concern.
décembre 12, 2007

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Mise à jour le Lundi, 23 Février 2009 23:40