Mer 05 Déc |
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Tetsuro Matsuzawa et Sana Inoue ont développé une tâche de mémoire de travail dans laquelle des chiffres apparaissent durant une fraction de seconde avant d’être masqués par des carrés blancs. Les participants doivent alors toucher les carrés en respectant l’ordre numérique précédemment établi.
La durée de présentation des chiffres était
aléatoire et comprise entre 600 ms et 210 ms. Les étudiants impliqués dans
cette tâche ont vu leur pourcentage de bonnes réponses décliner en fonction du
délai de présentation (moins bonnes réponses pour les temps les plus courts). A
210ms, les résultats étaient attendus puisque cette durée de présentation correspond
à la fréquence de balayage de l’œil humain, empêchant donc les étudiants de
percevoir suffisamment rapidement tous les numéros présentés sur l’écran. Les
chercheurs ont découvert qu’il en était de même pour les chimpanzés âgés en
observant Ai, un primate de plusde 20 ans.
Par contre, les résultats se sont avérés très différents pour plusieurs jeunes chimpanzés. Ayumu , l’un de ces primates (7 ans), n’a montré aucune baisse de performances et ce quel que soit le temps de présentation des chiffres à l’écran. Ces jeunes chimpanzés ont fait preuve d’une capacité proche de ce que certains appellent la mémoire eidétique, une faculté à former très rapidement des souvenirs d'une grande quantité d'images, de sons ou d'objets dans leurs moindres détails. Une telle mémoire « photographique » est connue pour être présente chez certains jeunes enfants, capacité qui disparaît avec la maturation. Pour l’auteur, une mémoire de travail très rapide est sans aucun doute une habileté très utile pour les chimpanzés. « Supposons qu’un groupe de mâles rencontre un autre groupe durant une patrouille de leur territoire. Il est primordial de savoir combien d’ennemis sont présents et où ils se trouvent » souligne Matzuzawa. « De même, si un singe arrive devant un figuier gigantesque, il doit très rapidement mémoriser l’emplacement de tous les fruits mûres mais aussi la place des autres mâles car il n’est pas admis qu’un singe se nourrisse à coté d’un mâle d’un rang supérieur ». Maintenant, les chercheurs japonais vont devoir déterminer sur quelle durée la trace mnésique persiste. Lors d’un essai, Ayumu a été distrait pendant 10 secondes (voir vidéo 3) et a tout de même réussi à restituer tous les chiffres dans le bon ordre. Matsuzawa suggère que les humains auraient perdu cette mémoire eidétique au cours de leur évolution laissant ainsi au cerveau la possibilité de mettre en place d’autres processus très complexes comme le langage.
Performances du chimpanzé Ayumu
Performances d'un participant humain
Episode des 10 secondes de distraction
Commentaires (8)
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Fréderix
said:
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... Ce genre de démonstration ne conduit-elle pas simplement montrer que le singe a développé une bonne mémoire iconique (purement sensorielle) au détriment ou en l'absence de toutes les autres formes de mémoire (dont une véritable mémoire de travail). L'humain, lui, a développé une mémoire de travail, une mémoire sémantique (qui lui fait accéder au sens des signes que sont les digits) et bien d'autres choses et il ne peut aisément (ou il ne peut plus) faire abstraction de celles-ci lors d'une épreuve de ce genre. Ses mémoires de "haut niveau" interfèrent donc avec cette mémoire iconique de bas niveau. Question naïve et ouverte. |
Fréderix
said:
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... Je ne parviens pas la vidéo. Mais, quoiqu'il en soit, la tâche n'implique pas, pour le singe, de retenir une série de chiffres mais une série de positions visuo-spatiales associées des icônes . Il a du "apprendre" la série de chiffres (des signes visuels pour lui) auparavant et a du être "conditionné" les redonner dans l'ordre imposé. Pour l'homme, c'est aussi une série apprise mais il l'associe des représentations sémantiques. A moins d'avoir "appris" que 9 conduit une récompense plus importante que 7 ou 8, le singe n'a pas cette représentation sémantique des digits. Bref, j'ai tendance penser que le singe a des capacités visuo-spatiales supérieures car ces capacités sont essentielles sa survie et qu'elles ne sont pas "amoindries" par des processus cognitifs de plus haut niveau. Mais de l en tirer la conclusion que sa mémoire de travail est supérieure celle de l'homme, je doute. Et encore faut-il admettre que seul le "visual scratch path" (je ne suis plus sûr de l'orthographe mais vous m'aurez compris) est peut-être impliqué dans cette expérience. Voil , voil , on s'amuse comme on peut et je reconnais que j'y trouve un certain plaisir car je suis un humain et non un singe... |
Fréderix
said:
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... Ce que je voulais dire, c'est qu'il me semble (je suis loin de m'y connaitre en ce domaine) que le cortex du singe est très largement dévolu aux fonctions visuo-spatiales. L'homme n'a t-il pas utilisé une partie de ces compétences pour développer la lecture par exemple et cela au détriment d'autres capacités visuo-spatiales. Le singe peut donc nous être supérieur dans certaines tâches perceptives sans que cela implique une supériorité comportementale et écologique. Et, s'il peut intégrer plus rapidement que nous des informations purement visuo-spatiales qui alimentent bien entendu sa mémoire iconique et son calepin visuo-spatial, ceci ne signifie pas pour autant que son calepin soit plus développé ou plus compétent d'une manière générale. Et, encore moins, que sa "mémoire de travail" nous soit supérieure. Si l'observation de ses capacités exceptionnelles est intéressante, la comparaison avec l'homme n'a tout bonnement aucun intérêt. Enfin, c'est ce que je crois mais je peux changer d'avis... J'ai donc voulu attirer l'attention sur le fait que les comparaisons de ce genre sont dangereuses car les traitements réalisés sont sans doute bien différents chez le singe et chez l'homme. Ce dernier code les signes que sont les chiffres au niveau phonologique et au niveau sémantique, ce qui modifie considérablement les stratégies qu'il peut utiliser pour réaliser la tâche. Ces traitements supplémentaires l'handicapent en quelque sorte dans les résultats la tâche demandée. Je ne sais pas si j'ai réussi être plus clair sur mes questionnements. Pour ma remarque finale sur le plaisir, je maintiendrai jusqu' preuve du contraire que le singe n'éprouve pas de plaisir se poser ce genre de questions puisqu'il ne se les pose pas. Quel bol il a, me direz-vous. Eh oui, lui, il peut se contenter de l'essentiel sa vie, son espèce, ... Lorsqu'il s'intéressera la neuropsychologie, on en reparlera. Je reconnais simplement que tout ce que je dis l ne fera pas avancer le schmilblick. LOL. Amicalement, |
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