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La psychologie clinique anglaise appelle à son tour à tourner le dos au DSM5

DominiqueC

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La division de psychologie clinique anglaise appelle, à son tour, à un changement de paradigme. Le DSM 5 est, sans conteste, le manuel qui fait le plus consensus sur l'importance de changer d'approche en psychiatrie. Sur le fond, les orientations diffèrent toutefois : la DCP appelle à considérer davantage les facteurs psychosociaux en se détachant du modèle biomédical alors que le NIMH concentre tous ses efforts dans une nouvelle classification qui comportera davantage d'arguments scientifiques (imagerie, génétique, biologie et cognition).

La DCP rappelle que l’utilisation d’un système de classification des troubles psychologiques et comportementaux, calqué sur la méthodologie médicale, a toujours suscité des controverses. La division a toujours été partagée, reconnaissant trois fonctions majeures à la classification actuelle :

  • son intérêt sur le plan fondamental et la recherche,
  • son utilité sur le plan économique en permettant aux systèmes de soins d’organiser la prise en charge autour d’entités « tangibles »,
  • sa capacité à offrir un cadre connu et utilisé par tous : groupes professionnels, usagers et médias

De manière plus étonnante, elle souligne les limites d’un tel fonctionnement surtout pour les troubles psychiatriques en admettant que ces limites seraient moins évidentes pour les entités dont les étiologies seraient biologiquement moins controversées (démences et troubles des apprentissages). Il va falloir inviter le réseau de Martial Van der Linden à prendre contact avec eux !

Plus globalement, la DCP rappelle dans son courrier que les facteurs psychosociaux sont fondamentaux dans la genèse des troubles psychiatriques, sans nier pour autant les relations étroites entre les facteurs sociaux, psychologiques et biologiques.

Pour la DCP, la place des facteurs psychosociaux devrait renforcer le rôle des psychologues dans le système de prise en charge : ils sont à même de répondre aux demandes d’évaluation, de diagnostic et de prise en charge de ces facteurs.

La division a extraite deux grandes classes de conséquences néfastes du modèle actuel, promu par le DSM 5 et la CIM 10 :

Concepts et modèles

  • L’interprétation serait un fait "objectif" : le diagnostic psychiatrique est souvent présenté comme un faisceau objectif d’arguments alors que par essence, l’évaluation clinique porte sur des observations et interprétation entachées de variabilité et de biais.
  • La validité et la fidélité sont limitées compte tenu de cela.
  • Son utilité clinique également, notamment lorsqu’il s’agit de mettre en place des interventions cliniques, de développer des manuels de prise en charge et d’effectuer de la recherche basée sur ces catégories.
  • La rhétorique biologique : la domination du modèle biomédical minimiserait le rôle des facteurs psychosociaux dans l’expression des troubles psychiatriques et accentuerait la réponse médicale, principalement pharmacologique au détriment des autres approches.
  • La décontextualisation : le modèle actuel brouille les liens qui existent entre le vécu des patients, leurs détresses, les conséquences comportementales et leurs contextes sociaux, culturels, familiaux et personnels.
  • Les biais ethnocentriques : le modèle actuel a été conçu dans un ancrage occidental qui ne prend pas ou mal en considération des facteurs tels que l’ethnie d’appartenance, la sexualité, le genre, la spiritualité et la culture.

Répercussions sur les usagers

  • Discrimination : le diagnostic psychiatrique apparait être un facteur d’exclusion sociale pour les usagers
  • Stigmatisation et impact négatif sur l’identité : définir les difficultés à l’aide de mots comme trouble ou déficit va engager l’usager à porter lui même un jugement négatif sur son fonctionnement avec une baisse de son estime de soi
  • Marginalisation du vécu de la personne : l’expérience subjective, les relations inter personnelles et sociales ne sont souvent que des déclencheurs ou des variables secondaires dans le système de catégorisation actuel
  • Prise de décision : la catégorisation des comportements et vécus de l’usager est souvent imposée comme un fait objectif. Marquer son opposition peut alors être perçu comme une forme d’anosognosie sans remettre en cause le système en lui-même
  • Déresponsabilisation : le système actuel de classification rend l’usager dépendant d’experts qui déclencheront, ou pas, des traitements. Cela impacte l’usager dans sa capacité à être acteur de sa prise en charge, à faire des choix.

La DCP pense qu’il existe des arguments indiscutables pour enclencher un changement de paradigme en ce qui concerne les troubles psychiatriques, plaidant en faveur d’une approche multifactorielle qui reconnaitra la complexité de l’expérience humaine et de tout ce qu’elle implique. Vous pouvez retrouver ses recommandations dans la source ci-dessous.

Source : http://dcp.bps.org.uk/dcp/the_dcp/news/dcp-position-statement-on-classification.cfm



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