• DominiqueC
    DominiqueC

    Un témoignage sur la surmédication chez la personne démente

    Sign in to follow this  

    Le New York Times a publié le 24 juin un témoignage sur un danger qui ne cesse de croître, d'année en année : la surmédication. J’avais envie de vous retranscrire une partie de l’article depuis quelques semaines et l’achat d’un livre dont j’avais fait la promotion : Psychopathologie du sujet âgé par Gilbert Ferrey et Gérard Le Gouès a fini de me convaincre de l’intérêt de cette démarche. En effet, dès l’introduction les auteurs pointent du doigt, à leurs tours, les abus médicamenteux qui s’installent peu à peu dans nos structures. Deux chiffres tirés d’un papier de Dardennes (2007) soulignent l’aspect critique de la situation : 50% des personnes hospitalisées en service de long séjour prennent un antidépresseur et 70% d’entre elles sont également sous antipsychotique ! La France apparaît, de ce fait, absolument comparable aux Etats-Unis dans ce débordement médical.

    Le sujet n'est pas nouveau mais mérite bien d'être remis sur la table, lorsqu'on le peut.

    Le New York Times nous raconte donc que l'automne dernier, Térésa Lamascola, du Bronx, a manifesté une profonde anxiété puis des passages confusionnels qui ont immédiatement été traités par Risperdal, un anti psychotique. Lorsqu’elle a développé des troubles sévères de la marche, sa fille l’a emmené chez un autre spécialiste, on lui trouva une hypothyroïdie non traitée jusqu’à lors. Mme Lamascola intégra donc une maison médicalisée afin de prendre en charge ses différents problèmes médicaux mais la situation ne fit qu’empirer. La vieille dame criait et se débattait sans cesse. Le psychiatre de la maison médicalisée arrêta le Risperdal, qui peut causer des troubles moteurs et des tics vocaux et prescrit un sédatif ainsi que deux nouveaux anti psychotiques…

    Mme Lamascola dut attendre l’intervention d’un troisième spécialiste pour qu'enfin son état s’améliore. Son traitement : l’arrêt pur et simple de toute la pharmacopée mise en place au profit d’un seul médicament : un anticholinestérasique.

    Le New York Times estime que les antipsychotiques comme le Risperdal, le Seroquel et le Zyprexa ont rapporté la modique somme de 13,1 milliards de dollars en 2007 avec une marge de progression sans commune mesure (4 milliards en 2000).

    Le journal rapporte également qu’environ un tiers des personnes vivants en maison médicalisée sont actuellement sous antipsychotique alors même que des études ne cessent de démontrer leur inefficacité comme dans la maladie d’Alzheimer. L’usage d’antipsychotiques n’aurait pas plus d’effet qu’un placebo sur le traitement des troubles du comportement et des hallucinations.

    Les entreprises pharmaceutiques comme Janssen, qui commercialise le Risperdal, ne souhaitent pas commenter ce type de résultats, invoquant la seule responsabilité des médecins face à leurs prescriptions.

    Le Dr Smucker, membre de l’ American Medical Directors Association , confirme cet état des lieux tout en insistant sur le fait qu’aujourd’hui, les médecins ne devraient prescrire un antipsychotique qu’après un examen exhaustif et en dernier recours.

    Certaines maisons médicalisées tentent d’autres approches face à l’inefficacité des traitements. Elles mettent en œuvre des interventions dites « environnementales » à l’aide de stratégies visant à réduire l’inactivité, en mettant en place de la stimulation cognitive et physique, de la musicothérapie, de la zoothérapie et en améliorant les méthodes de communications du personnel soignant avec les personnes démentes.

    Le New York Times note tout de même que cette approche est particulièrement coûteuse en temps et qu’au fil de l’évolution de la maladie d’Alzheimer, elle finit également par trouver ses limites.

    Le Dr Gary Moak, président de l’ American Association for Geriatric Psychiatry , souligne que le système de soins aux Etats-Unis n’est tout simplement pas adapté à la prise en charge les problèmes cognitifs, affectifs et comportementaux des personnes vieillissantes.

    Les structures sont en sous effectif et les assurances médicales ne prennent pas en charge, le plus souvent, ce type d’approche. Il est beaucoup plus facile d’utiliser des sédatifs et des antipsychotiques malgré leurs effets secondaires dramatiques.

    Maintenant, il est également rappelé que pour certains patients particulièrement violents, auto agressifs ou immergés dans des idées délirantes de type paranoïaque par exemple, les antipsychotiques restent des traitements importants.

    Le Dr Jeste, professeur de psychiatrie en Californie, explique que dans ces situations, l’antipsychotique devrait être utilisé avec beaucoup de parcimonie et sur une période la plus courte possible.

    Le journal note, pour conclure, que si Ramona Lamascola a vu sa maman confinée dans un fauteuil roulant, hurlant et incapable de tenir debout, une prise en charge adaptée lui a permise de retrouver le calme, la marche et la capacité de communiquer avec ses proches...

    Article du New York Times : Doctors Say Medication Is Overused in Dementia

    Darennes (2007). Surconsommation Française ou sous prescription ?. Le conc. méd. 129, 13/14, 402-404

    Sign in to follow this  


    User Feedback

    Recommended Comments

    ah si les médecins pouvaient lire cet article et appliquer ce qui est prodigué...

    merci pour ces infos en tout cas !

    Share this comment


    Link to comment
    Share on other sites

    Malheureusement, cette situation troublante n'est pas un cas isolé. Ceux qui ont parfois à évaluer des patients dans de telles structures peuvent en témoigner. Merci pour l'article Dominique!

    Share this comment


    Link to comment
    Share on other sites

    Il y a un papier très intéressant dans le dernier Amercian Journal of Psychiatry et qui concerne l'efficacité des antipsychotiques de dernière génération (Risperdal, Leponex, Zyprexa..). L'intérêt majuer de cette étude est qu'elle fait partie de la plus vaste étude CATIE qui n'est pas sponsorisée par les labos et qui a déjà fait son effet dans la guéguerre entre antipsychotiques nouvelles générations versus classiques dans les troubles psychotiques.

    L'étude comprenant des patients souffrant d'Alzheimer avec psychoses ou avec troubles du comportement (donc échantillon trés spécifique c a d celui qui devrait être visé en priorité lors de la prescription d'antipsychotiques).

    Je laisse aux auteurs la conclusion (malgré un article assez pharmaco destiné aux médecins principalment):

    CONCLUSION: In this descriptive analysis of outpatients with Alzheimer’s disease in usual care settings, some clinical symptoms improved with atypical antipsychotics. Antipsychotics may be more effective for particular symptoms, such as anger, aggression, and paranoid ideas. They do not appear to improve functioning, care needs, or quality of life.

    Sultzer et al. (2008 ). AJP

    A lire aussi dans le même numéro l'editorial de Susan K.Schultz qui conclut "The best intervention strategies are likely to be derived through maximal input from families, nursing care providers, and others who are truly doing heroic jobs with the minimal benefits of the pharmacologic support we currently afford them."

    Share this comment


    Link to comment
    Share on other sites

    'est une question très complexe, celle des anticholinestérasiques je trouve. Outre ce que peut vouloir dire pour un patient et son entourage d'arrêter un traitement, on sait bien qu'il s'agit également d'un moyen pour suivre nombre de familles. On entend parfois ce genre de réflexions dans nos couloirs "pourquoi viendraient ils s'ils n'avaient pas de traitement". Et les médecins nous opposent là quelque chose de très pragmatique mais qui n'est pas dénué de sens je trouve.

    Tant que les autres approches ne se seront pas développées et ancrées dans toutes nos structures, la molécule restera un facteur important, même en fin de maladie je pense. D'ailleurs, cette réflexion sur le "pourquoi venir si" nous renvoie également à nos lacunes de prise en charge en tant que psychologue...

    Je suis très concerné par notre système de soins et je bondis à chaque fois que je vois les gâchis qui peuvent être faits dans notre système hospitalier mais pour moi, cette question est loin d'être évidente et mérite que l'on aille au delà de l'impact purement somatique que peut avoir le traitement.

    Pour revenir sur la question des abus, une cour de justice américaine vient de frapper très fort sur le fabricant du Zyprexa ! C'est daté du 22 juillet, on est en plein dedans !!! (oui, on fait du direct par ici )

    Voici juste un passage du jugement :

    [...]Lilly exaggerated the utility of the drug, both on and off-label, and de-emphasized its dangers, in order to support an excessive price. Evidence of defendant’s alleged failure to disclose its products’ side effects, its violation of obligations of transparency, and its deliberate encouragement of off-label use...

    Le reste ici: http://www.pharmalot.com/2008/07/the-blame-game-zyprexa-judge-blasts-the-fda/

    Share this comment


    Link to comment
    Share on other sites

    Le Washington Post reprend quelques données d'un article qui vient de sortir dans The Lancet Neurology à propos de l'utilisation d'antipsychotiques (thioridazine, chlorpromazine, haloperidol, trifluorperazine ou risperidone) chez la personne atteinte de maladie d'Alzheimer (versus MA sans antipsychotique) :

    Après un an : 70% des patients sous AntiP étaient encore en vie contre 77% pour les patients sous placebo.

    Après deux ans : 46 % des patients sous AntiP étaient encore en vie contre 71% sous placebo.

    Après trois ans : seulement 30% des patients sous AntiP étaient encore en vie contre 59 % des patients sous placebo.

    Les auteurs questionnent la place des prises en charge non médicamenteuses dans les pathologies dégénératives, un sujet également d'actualité en France (PHRC sur les traitements non pharmacologiques).

    La référence de l'article : http://www.thelancet.com/journals/laneur/article/PIIS1474-4422(09)70001-8/fulltext

    Le Washington Post : http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2009/01/09/AR2009010901509.html

    Share this comment


    Link to comment
    Share on other sites

    Ce sont des données alarmantes! C'est clair que cela motive davantage une réflexion qui est déjà en cours dans différents pays quant à la surutilisation de ces molécules.

    Share this comment


    Link to comment
    Share on other sites


    Guest
    Add a comment...

    ×   Pasted as rich text.   Paste as plain text instead

      Only 75 emoji are allowed.

    ×   Your link has been automatically embedded.   Display as a link instead

    ×   Your previous content has been restored.   Clear editor

    ×   You cannot paste images directly. Upload or insert images from URL.