• DominiqueC
    DominiqueC

    Tabagisme et abstinence - un mauvais calcul ?

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    Une récente étude, publiée dans le numéro de juillet 2007 d’Alcoholism : Clinical & Experimental Research, s’est intéressée aux liens qui existent entre le tabagisme et l’amélioration des capacités cognitives chez les alcooliques abstinents.

    Le Dr Durazzo (PhD), de l’université de Californie (UCSF) rapporte que cette thématique est tout à fait centrale étant donné que 60 à 80% des personnes traitées pour une addiction alcoolique sont également des fumeurs chroniques.

    Il est maintenant bien admis que la consommation d’alcool de manière chronique produit des lésions cérébrales et des dysfonctionnements cognitifs. Ces faits sont aussi avérés dans le tabagisme. Durazzo a voulu étudier quels effets se produisaient chez le fumeur chronique en période d’abstinence pour l’alcool. Aucune étude de ce genre n’avait encore été réalisée.

    L’équipe de Durazzo a donc comparé les fonctions cognitives de 13 participants non-fumeurs et 12 fumeurs actifs en période d’abstinence à l’alcool. Après environ 1 mois d’abstinence, les participants ont été évalués sur des fonctions bien connues pour être altérées chez la personne alcoolique chronique : les capacités d’apprentissage et de rétention en mémoire verbale et visuelle, l’efficience cognitive globale, les capacités exécutives, la vitesse de traitement de l’information, la mémoire de travail, les capacités motrices et la stabilité posturale.

    Après 6 à 9 mois d’abstinence, les participants ont tous été réévalués. Les participants fumeurs actifs ont montré, de manière significative, une amélioration moindre comparativement aux non-fumeurs sur l’efficience globale, les fonctions exécutives, la mémoire de travail et les capacités mnésiques visuelles et verbales. Globalement, toutes ces fonctions été inférieures aux participants non-fumeurs.

    De plus, les fumeurs actifs ont montré une moins bonne récupération sur les marqueurs d’intégrité neuronale et le fonctionnement cellulaire membranaire.

    Tout porte à croire que le tabagisme chronique produit des effets qui s’opposent à la récupération spontanée qui suit une période d’abstinence à l’alcool, aussi bien d’un point de vue neurobiologique que neurocognitif. Le mécanisme sous-jacent reste à déterminer même si les centaines de composants toxiques de la cigarette peuvent bien sûr être incriminés.

    En termes d’addiction, l’alcool et le tabac sont des agents qui se renforcent mutuellement et il est de plus en plus clair, pour les auteurs, que les effets à long terme sont nettement meilleurs lorsque ces deux addictions sont stoppées simultanément.

    Compte tenu du taux de mortalité des fumeurs, 4 fois supérieurs à celui des consommateurs chroniques d’alcool, il serait nécessaire de proposer aux participants de programme de prise en charge de l’alcoolisme de débuter un programme similaire pour le tabac.

    La suite de l’étude consistera à étudier plus précisément les changements volumétriques des cerveaux de ces patients, les modifications biochimiques et sanguines.

    Source: chronic Smoking Is Associated With Differential Neurocognitive Recovery in Abstinent Alcoholic Patients: A Preliminary Investigation

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    Recommended Comments

    L'étude n'est bien sûr qu'un préliminaire la thématique mais je l'ai trouvé tout de même intéressante. Nous avons tous de nombreux patients qui souffrent d'alcoolisation chronique. La question du déclin cognitif sur exogénose éthylique est une question complexe où se croisent la notion de démence alcoolique et la maladie d'Alzheimer avec participation alcoolique. Un moyen souvent employé consiste réévaluer le patient après plusieurs mois d'abstinence (3 mois semble être un minimum) afin d'apprécier l'évolutivité des déficits. Savoir que la persistance d'un tabagisme actif pourrait entrainer une moins bonne récupération s'avérerait un élément considérer...

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    Est-ce qu'on ne pourrait pas invoquer des prédispositions individuelles (cognitives, richesse de l'environnement social, émotionnelles...) chez ceux qui ont des addictions multiples plutôt que directement le tabac pour expliquer cette faiblesse de récupération spontanée (peut-être que tout bêtement depuis le départ ils sont dans un environnement moins stimulant, ou autre chose)?!? Après tout, les fumeurs ont déj avant le seuvrage des scores plus faibles (si j'ai bien compris!): comment les auteurs interprÃtent-t-ils cela?

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    Tout d’abord, MERCI d’ouvrir le débat

    Pour alimenter ta réflexion, cet auteur (spécialiste de la question des troubles cognitifs dans l’alcoolisme et le tabagisme) a déj réalisé plusieurs études de ce type. Dans celles que j’ai lu, aucun effet n’était corrélé l’âge, au niveau socio culturel, l’intelligence verbale prémorbide et au temps de consommation d’alcool. Il semble donc que les prédispositions individuelles soient peu contributives de cet effet spécifique (en tout cas, pour lui). Par contre, il a déj été montré une base génétique claire entre les deux addictions, ce qui expliquerait (en partie) le taux particulièrement important de co addiction (jusque 90%). Ensuite, peut être que j’ai mal retranscrit l’article mais les fumeurs chroniques n’avaient pas des scores plus faibles avant le sevrage. Ils ont par contre, nettement moins « profité » du sevrage l’alcool comparativement aux non fumeurs.

    Si ca t’intéresse, dans un article précédent (Alcohol 39 (2006)) Durazzo a listé les troubles liés au tabagisme chronique dans l'introduction de son papier :

    Specific dysfunction among active chronic smokers has been reported for auditory-verbal learning and memory (Hill et al., 2003; Schinka et al., 2003), prospective memory (Heffernan et al., 2005), working memory (Ernst et al., 2001; Spilich et al., 1992), executive functions (Razani et al., 2004), visual search speeds (Richards et al., 2003), psychomotor speed and cognitive flexibility (Kalmijn et al., 2002), general intellectual abilities (Deary et al., 2003), and postural stability (Iki et al., 1994).

    Prospective longitudinal research with nondemented adults suggests that chronic cigarette smoking promotes abnormal rates of decline of verbal memory in middle age (Richards et al., 2003) and general cognitive functioning in the elderly (Ott et al., 2004), as well as significantly increases the risk for various forms of dementia, in particular Alzheimer’s disease (Launer et al., 1999; Merchant et al., 1999; Ott et al., 1998.).

    Specifically, magnetic resonance imaging indicated lower cortical gray matter volumes and densities in the prefrontal cortex, smaller left anterior cingulate volume, and lower gray matter densities in the right cerebellum of chronic smokers compared to nonsmokers (Brody et al., 2004), whereas computed tomography showed increased generalized brain atrophy with advancing age (Kubota et al., 2001).

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    Merci pour cette étude. Un envoie par mail de l'article serait-il possible?

    Par ailleurs, elle est très intéressante dans plusieurs sens. Le premier c'est que chez les patients non abstinents, les effets du tabagisme accroissent les performances déjà déficitaires des alcoolodépendants. Jusque là, rien de bien extraordinaire.

    Mais des études, comme celle de Sarah Jo Nixon, ont rapportées, pour leur part, qu'une prise aigue de nicotine (sous forme de patch, à une dose contrôlée), aurait des effets bénéfiques sur la cognition et des effets protecteurs sur le cerveau (sic). En d'autres termes, la prise de nicotine permettrait au sujet de surmonter leurs déficits attentionnels et exécutifs. A la suite de cela, un bon nombre de recherche se sont donc orientés vers la prise de nicotine chez des sujets ayant des déficits attentionnels, afin de voir s'ils étaient capables, grâce à cette substance, d'augmenter leur performance. Je n'ai pas encore lu de littérature à ce sujet, mais j'avoue que ça m'intéresse.

    C'est une dissociation que je trouve forte intéressante, car on sait tous que fumer une cigarette accélère le rythme cardiaque. Mais finalement, le tabagisme chronique, lui, aurait des effets délétères sur la cognition, ce dont je pense nous n'avions pas conscience.

    Si vous avez d'autres études à nous faire partager, ça sera avec plaisir, mes accès aux revues sont grandement limités.

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