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    Donner son corps à la science…à 115 ans!

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    Dans un article présentement sous presse dans la revue Neurobiology of Aging, une équipe de chercheur des Pays-Bas a publié une étude de cas de celle qui était la femme la plus âgée au monde en 2005, selon le livre Guinness des records. En 1972, à l’âge de 82 ans, elle a contacté l’université de Groningen pour faire don de son corps à la science. En 2001, à l’âge de 111 ans, elle a contacté de nouveau l’université, pour demander si son corps pouvait toujours être utile pour des fins de recherche ou d’enseignement. C’est alors que l’équipe de chercheurs lui a rendu visite chez elle. Dans l’article, on la décrit comme une femme alerte et intéressée par l’actualité internationale et mondiale, particulièrement la politique et le sport. On dit qu’elle présentait une baisse significative de sa vision mais qu’elle écoutait les nouvelles à la radio.

    Premier fait étonnant, elle ne pesait que 1600 grammes à la naissance. Elle a quitté l’école pour des raisons de maladie mais son père, un enseignant, a pris en charge sa scolarité à la maison. Elle est elle-même devenue enseignante. Elle s’est mariée à l’âge de 47 ans et est devenue veuve à 69 ans. Selon l’article, elle demeurait dans une résidence pour personnes âgées en raison de la diminution de sa vision, où elle est décédée à l’âge de 115 ans.

    Dans le cadre de sa participation à la recherche, elle a été évaluée à deux reprises en neuropsychologie, alors qu’elle avait 112 et 113 ans.

    Dans le cadre de sa participation à la recherche, elle a été évaluée à deux reprises en neuropsychologie, alors qu’elle avait 112 et 113 ans. En raison de la baisse de vision de Madame, les chercheurs ont sélectionné des tâches impliquant plutôt la modalité auditive. Les tâches suivantes ont été administrées : Mini-Mental, CognitiveScreening Test, Empans de chiffres, sous-test Similitudes du test d’intelligence de Groninger, calcul mental, évocation lexicale, une tâche d’apprentissage de 8 mots de l’Amsterdam Dementia Screening Battery, une tâche de rappel d’histoire ainsi qu’une tâche de reconnaissance d’objets en modalité tactile. Les auteurs rapportent une diminution des fonctions exécutives, notée surtout lors de la deuxième séance (empan de chiffres à l’envers, décompte à rebours par 7, difficulté de calcul mental, persévération en évocation lexicale). Le raisonnement était adéquat. Les auteurs rapportent une bonne performance mnésique lors de la première rencontre, avec une légère baisse du rendement lors de la deuxième séance mais demeurant « dans les limites de la normale pour des aînés. »

    La dame en question est décédée au mois d’août 2005. Une autopsie a été réalisée deux heures après sa mort. Celle-ci a révélée qu’elle était décédée d'un cancer (adénocarcinome de l’estomac avec métastases). L’examen a révélé de très légers signes d’athérosclérose et quelques changements emphysémateux au niveau des poumons. À l’analyse du cerveau, aucune plaque ou dépôt de béta-amyloïde n’a été décelé. Le texte fait état d’une très légère taupathie (Braak stade 2). La densité neuronale était normale et aucun signe de démyélination n’a été noté. L’examen n’a pas démontré de corps de Lewy ou d’inclusion des cellules gliales.

    Les auteurs mentionnent qu’on pourrait retrouver des taupathies chez près de 87 % des personnes âgées (stade de Braak inférieur à 4). Ils soulignent que le nombre de neurones présents dans le locus coeruleus de Madame correspond globalement à la quantité retrouvée chez des gens âgés de 60 à 82 ans (rappelons qu’elle en avait 115 au moment du décès). Par ailleurs, le fait qu’elle soit décédée du cancer appuierait l’hypothèse selon laquelle les centenaires ne décèdent pas simplement «de vieillesse » mais bien d’une pathologie spécifique. Fait à noter, la mère de Madame est décédée à 100 ans et ses grands-parents maternels sont décédés à 80 et 85, une étonnante longévité pour l’époque!

    Auteur de l'article: Steve Joncas

    Source: den Dunnen et al. (2008). No disease in the brain of a 115-year-old woman. Neurobiology of Aging Volume 29, Issue 8, Pages 1127-1132

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    Recommended Comments

    Je n'avais pas encore pris le temps de faire un petit retour sur cette news mais ce que je trouve passionnant, dans cette histoire, c'est que les auteurs sous entendent qu'on ne décéderait pas de vieillesse mais de maladie.

    Il y a de quoi questionner un ordre fondamental : on vit, on vieillit puis on meurt... non, on vit, on tombe malade puis on meurt. L'air de rien, c'est absolument différent.

    On se prend à se demander quel âge aurait pu atteindre cette dame si elle n'avait pas développé un cancer.

    Si la finitude de l'espèce parait être une limite infranchissable, il n'en est rien de la maladie, qui se soigne, se modélise, se dompte...

    oui, vraiment un sujet qui fait émerger plein de questions ! merci steve !

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