Appel à Commmunication pour le N° 8 des Cahiers de Neuropsychologie Clinique

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COVID-19 : Retours d'expériences et Post-confinement

 

Le Comité d'Edition et de Rédaction des Cahiers de Neuropsychologie Clinique vous propose de lui faire parvenir avant le 17 Octobre 2020

vos propositions de communication sur ce thème

à l'adresse cahiers[at]ofpn.fr

 

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  • MargauxV
    MargauxV

    TDAH en neurologie adulte

    C’est après avoir rencontré Monsieur J., 29 ans, que je me suis questionnée sur l’expression clinique du Trouble de Déficit de l'Attention / Hyperactivité (TDAH) à l’âge adulte. En résumé, monsieur J. était reçu en consultation mémoire pour avis neuropsychologique dans le cadre d’une suspicion de TDAH par la neurologue. Il rapportait de lourds troubles attentionnels avec pensées intrusives, une atteinte de sa perception spatiale (avec réduction de son champ visuel) et une impulsivité verbale. Ces plaintes ont été à l’origine de nombreux examens (IRM, consultation neurologique, ophtalmique, orthoptiste), sans conclusion particulière. Les troubles étaient présents depuis environ 7 ans. Je retiens de l’anamnèse des traits obsessionnels et un mode relationnel parfois inadapté. D’importants affects anxieux étaient rapportés. Il expérimentait d'importantes difficultés de motivation et ne parvenait pas à conserver ses emplois plus de quelques mois. Il vivait à domicile avec sa compagne et était alors au chômage. L’humeur était fluctuante. Il existait des antécédents thymiques (dépression) et addictifs (éthylisme). Au moment de la consultation, la consommation d’alcool était moins importante, mais régulière (3 verres par jour).


    Le TDAH a longtemps été considéré comme un trouble spécifique de l’enfant, disparaissant au cours de l’adolescence. On sait désormais que plus de la moitié des enfants TDAH continuent à présenter des troubles à l’âge adulte (Bouvard et Le Heuzey, 2006 ; Chevalier et al., 2006). L’impact de la pathologie est alors tout autre, en touchant notamment la sphère professionnelle et personnelle. Dans ce cadre, la question de l’utilité de l’évaluation neuropsychologique demeure très discutée et l’entretien clinique apparait primordial. Le diagnostic différentiel apparait cependant difficile, notamment en raison d’une importante comorbidité (Murphy et al., 2002).

    Je partage avec vous la synthèse de mes lectures sur le sujet :

    Entretien clinique

    Questionner sur les éléments suivants (Bouvard et Le Heuzey, 2006 ; Chevalier et al., 2006):

    • Antécédents médicaux (personnels et familiaux)
    • Histoire développementale
    • Fonctionnement scolaire et socioprofessionnel
    • Troubles addictifs et automédication.
    • Troubles associés au TDAH (voir plus bas)
    • Présence d'autres troubles psychiatriques

    Importantes comorbidité avec (Murphy et al. (2002); Roy-Byrne et al. (1997) ; Murphy et al; (1996); Shekim et al. (1990)):

    • Troubles du comportement (conduites de type oppositionnel)
    • Troubles de la personnalité (notamment personnalité antisociale)
    • Troubles addictifs
    • Troubles de l’humeur (dépression, dysthymie)
    • Trouble bipolaire
    • Troubles anxieux
    • Phobies (dont sociale)

    Plaintes principales (Bouvard et Le Heuzey, 2006 ; Chevalier et al., 2006):

    • Difficulté à se concentrer et à maintenir son attention
    • Manque d’organisation, difficulté à établir et maintenir les routines, à ordonner les tâches à réaliser (défaut de planification)
    • Oublis fréquents (notamment rendez-vous et obligations), difficultés à clarifier ses pensées
    • Instabilité dans les emplois (impulsivité) + choix d’emploi (actif)
    • Conflits conjugaux, instabilité
    • Impulsivité
    • Faible estime de soi
    • Performance sous son potentiel
    • Se laisse facilement distraire / a des oublis fréquents
    • Mauvaise gestion du temps
    • A du mal à terminer ses tâches : reste peu de temps sur une même activité, même quand il l’apprécie !
    • Sentiment subjectif d’impatience motrice
    • Facilement dépassé / débordé par les tâches
    • Se tortille lorsque assis
    • Vitesse excessive au volant, accidents de la route
    • Irritable, se met facilement en colère
    • Difficulté à compléter les derniers détails d’un projet terminé
    • Procrastination
    • Sentiment d’être souvent sur la brèche, comme poussé par un moteur

    3 formes principales de TDAH (Bouvard et Le Heuzey, 2006 ; Chevalier et al., 2006):

    • Inattention prédominante :
    -
    Facilement distrait;
    -Pas spécialement hyperactif ou impulsif.
    • Hyperactivité-impulsivité prédominante :
    -
    Extrêmement hyperactif et impulsif;
    -Pas très inattentif (peut ne présenter aucun signe d’inattention);
    -Souvent chez le jeune enfant.
    • Type mixte :
    -Chez la plupart des patients;
    -Présente les trois signes typiques du trouble.

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    Ces critères sont cependant largement discutés. Ainsi, Stes (2003) suggère d’accorder plus d’importance :

    1. Aux informations hétéro-anamnestiques, aux informations à propos du fonctionnement scolaire (voir bulletin scolaire), professionnel et, plus largement, relationnel.
    2. A l’évolution des symptômes dans une perspective développementale et au caractère handicapant (« gêne significative») dans au moins 2 domaines

    Evaluation neuropsychologique

    Il existe une importante controverse concernant la nécessité d’une évaluation psychométrique dans le cadre du diagnostic de TDAH. Sa valeur diagnostique apparait limitée et l’évaluation neuropsychologique serait donc à considérer comme un complément à la démarche d’évaluation classique basée sur les comportements d’inattention, d’hyperactivité, d’impulsivité et sur l’histoire longitudinale.

    En 2004, Hervey et al. publient une méta-analyse en reprenant les résultats de 33 études. Ils concluent que les déficits cognitifs observés chez les adultes TDAH sont comparables à ceux observés chez les enfants TDAH et touchent notamment les capacités attentionnelles, les capacités d’inhibition et le fonctionnement mnésique.

    Les conclusions de Hervey et al. (2004) s’accordent avec celles de Woods et al. (2002) en suggérant que les adultes TDAH auraient des troubles cognitifs de type sous-cortico-frontal.

    Principaux tests utilisés dans la littérature afin de diagnostiquer un adulte TDAH (Seidman, 2006 ; Hervey et al., 2004):

    • Test du Stroop (attention car comorbidité TDAH-dyslexie !)
    • WCST
    • Fluences verbales
    • CPT de Conners
    • Figure de Rey (permet notamment de vérifier s’il existe une dyspraxie visuo-constructive)
    • TMT
    • Tours d’Hanoi
    • WAIS
    • CVLT

    Diagnostic différentiel

    Le diagnostic différentiel se fait principalement avec les troubles de la personnalité, les troubles anxieux ou les troubles de l'humeur. Cependant, ce différentiel est difficile car les troubles associés (notamment addictifs) sont fréquents. Par ailleurs, TDAH et trouble bipolaire coexistent dans environ 20% des cas (Besnier, 2009).

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    Différentiel entre TDAH et trouble bipolaire (TB) selon Besnier (2009) :

    Dimensions cliniques communes :

    • Symptômes moteurs (agitation motrice, logorrhée et hyperactivité)
    • Forte distractibilité
    • Traits de personnalité (impulsivité, recherche de nouveauté, créativité).

    Dimensions cliniques différentes :

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    o
    Personnalité borderline
    (Grosse et al., 2007):

    Critères communs avec le TDAH: Impulsivité, instabilité affective, colères intenses.

    Critères spécifiques :

    • Relation interpersonnelles instables
    • Efforts pour éviter l’abandon
    • Perturbation de l’identité
    • Comportements suicidaires
    • Sentiment chronique de vide
    • Sentiment de persécution dans les situations de stress

    Principales préconisations

    • Prise en charge psychologique
    • Fractionnement des tâches
    • Privilégier l’écrit à l’oral
    • Eviter les situations d’interférences

    Vous pouvez retrouver une émission de radio sur le thème des adultes TDAH dans notre partie blog : http://www.neuropsyc...gnostiques-tdah

    Références

    Besnier, N. (2009). Trouble bipolaire et trouble déficit d’attention avec hyperactivité. Annales medico-psychologiques, 167(10), 810. doi:10.1016/j.amp.2009.09.004

    Bouvard M. et Le Heuzey MF. (2006). L'hyperactivité: de l'enfance à l'âge adulte.

    Chevalier N., Guay MC. Et al. (2006). Trouble déficitaire de l'attention avec hyperactivité: Soigner, éduquer ... P 284.

    Grosse E.-M.; Da Fonseca D.; Fakra E. et al. (2007). Trouble déficitaire de l'attention avec hyperactivité chez l'adulte. Annales médico-psychologiques; 378-385.

    Seidman J. (2006). Neuropsychological functioning in people with ADHD across the lifespan. Clin Psychol Rev. 26(4):466-85.

    Stes S. (2003). Déficit de l’attention/hyperactivité chez l’adulte: qu’en est-il? Neurone.

    Murphy KR, Barkley RA, Bush T. (2002). Young adults with Attention Deficit Hyperactivity Disorder: subtype differences in comorbidity, educational, and clinical history. J Nerv Ment Dis; 190:147-57.

    Roy-Byrne P, Scheele L, Brinkley J, et al. Adult Attention-Deficit Hyperactivity Disorder: assessment guidelines based on clinical presentation to a specialty clinic. Comprehensive Psychiatry 1997; 38(3):133-40.

    Murphy K, Barkley RA. Attention Deficit Hyperactivity Disorder adults: comorbidities and adaptive impairments. Comprehensive Psychiatry 1996; 37(6):393-401.

    Shekim WO, Asarnow RF, Hess E, et al. (1990). A clinical and demographic profile of a sample of adults with attention deficit hyperactivity disorder, residual state. Comprehensive Psychiatry; 31(5):416-25.

    Woods, P. W., Lovejoy, D. W., & Ball, J. D. (2002). Neuropsychological characteristics of adults with ADHD: A comprehensive review of initial studies. The Clinical Neuropsychologist, 16, 12–34.

    User Feedback

    Recommended Comments



    super travail! merci beaucoup.

    j'en profite pour partager un questionnement d'une maman dont le fils est TDAH: elle pense qu'elle l'a été aussi et souhaite se faire diagnostiquer. Que doit-elle faire, qui doit-elle consulter?

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    J'ajoute un autre "merci" pour cet article !

    Je m'en réjouis même, car il y a certainement une vraie demande de consultation sur les troubles neurodéveloppementaux chez l'adulte : l'expansion des campagnes de sensibilisation sur les dys-, et la facilitation de l'accès à l'information sur internet font émerger des questionnements et des quêtes de diagnostic, chez les personnes connaissant des difficultés spécifiques sans avoir eu accès aux bilans étant enfants.

    Et pourtant, il me semble qu'il nous soit difficile d'y répondre... Les services de neurologie adulte sont-ils aptes et prêts à répondre à la de telles demandes, étant donné leurs fréquentes spécialisations en pathologies acquises ou en consultations mémoire ?

    Où orienter les adultes présentant les symptômes d'un TDAH sans signe neurodégénratif ou psychiatrique associé ? (la dimension "psychiatrique" absente n'excluant pas une souffrance due au handicap social et professionnel que le TDAH peut représenter... l'article de Margaux montre d'ailleurs la pertinence du bilan pour mieux prévenir et prendre en charge la souffrance psychique chez ces personnes)

    Certain(e)s d'entre vous semblent être concernés par la question du TDAH dans leur clinique chez l'adulte ; sauriez-vous m'éclairer ? Comment sont / seraient traitées les demandes de consultation pour bilan TDAH dans votre service ?

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    Par ailleurs, vu les comorbidités TDAH - troubles psychiatriques mais aussi troubles psychiatriques - troubles attentionnels / exécutifs, je pense qu'il est important d'insister sur la place de l'anamnèse et de l'histoire du développement dans le diagnostic différentiel ... Même si les critères sont discutés, celui des "troubles présents avant l'âge de 7 ans" reste un standard dans la définition d'un trouble neurodéveloppemental.

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    j'ajoute également un merci, car j'ai rencontré un jeune adulte récemment également avec suspicion de TDAH, et ca me semble un peu plus clair désormais :)

    a ju_lie : pour le patient que je vois, étant donné que c'est un jeune patient (20 ans), on peut proposer des aménagements à son lycée, et éventuellement un traitement médicamenteux (mais cela reste assez controversé chez l'adulte). On peut également proposer une remédiation cognitive des troubles de l'attention, mais il est vrai qu'outre le libéral, je ne vois pas à qui adresser...

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    A mon tour de te remercier pour cette synthèse sur laquelle je tombe juste au moment ou je prévois de poster mes interrogations sur objectiver un TDAH pour un adulte avec un haut potentiel que j'ai vu juste avant Noel...

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