• AngeleB
    AngeleB

    Séminaire Jean Louis Signoret 2009


    La 17ème édition du séminaire Jean Louis Signoret s’est tenue au centre hospitalier universitaire de Caen, du 17 au 19 Mars 2009. De nombreux chercheurs et cliniciens, se sont réunis pour parler sur le thème de la « consolidation mnésique ». Au total, 15 interventions se sont succédées au cours de ces trois jours, abordant cette thématique sous différents aspects, allant des travaux chez l'animal à l'étude de patients amnésiques. Les liens avec les émotions et le sommeil ont été abordés ainsi que les troubles de la consolidation (faux souvenirs, "hyperconsolidation",...) chez le sujet sain et dans différentes pathologies.

    Pour débuter cette première journée, P. Peigneux a rappelé que la consolidation est un processus temporel qui transforme une trace mnésique fragile en une forme plus permanente et/ou améliorée. La question du rôle de l'hippocampe se pose alors d'emblée. A t-il un rôle permanent ou partiel dans la consolidation d'un souvenir?

    Les expérimentations sur l'animal ont apporté une meilleure compréhension des mécanismes et structures impliquées dans le processus de consolidation mnésique. Ces travaux adoptent le modèle d'Alvarez et Squire (1995) pour lequel l'hippocampe est impliqué dans l'intégration et le rappel d'informations récemment apprises (consolidation synaptique). Progressivement, on observe alors un désengagement hippocampique laissant passer l'information vers le néocortex qui deviendrait indépendant dans la récupération d'informations anciennement apprises, on parle alors de consolidation systémique.

    Les travaux de Robert Jaffard ont permis de démontrer qu'un processus de consolidation (un passage de l'hippocampe au néocortex) se met en place en 48H (chez l'animal).

    Dans la même lignée, Bruno Bontempi, questionne la relation dynamique et fonctionnelle hippocampo-cortical. Le cortex exercerait - il un rétro-contrôle inhibiteur sur la formation hippocampique pendant la consolidation ? Les données de ses travaux indiquent que le néocortex (en particulier le cortex pré frontal) module l'activité hippocampique (donc l'intégration d'informations nouvelles) en fonction des souvenirs déjà stockées. Les apports de différentes approches ont démontré qu'une plasticité structurale (vicariance) se développe séquentiellement dans les réseaux hippocampiques et corticaux, mais qu'une inactivation du cortex préfrontal entraînerait une réactivation de l'hippocampe.

    La journée s'est ensuite poursuivie pour aborder le rôle fondamental du sommeil dans le phénomène de consolidation.

    P. Peigneux a explicité l'apport de l'imagerie cérébrale fonctionnelle dans l'étude du rôle du sommeil dans le processus de consolidation mnésique chez l'homme. Le sommeil permet la structuration de l'information. Durant ce dernier, plusieurs régions augmentent ou diminuent leurs activités. Seul le cortex préfrontal est activé durant tout la période de sommeil.

    G. Rauchs, nous a exposé ses travaux sur le sommeil lent profond, qui aurait un rôle majeur dans les processus de consolidation. En effet, on observe une baisse du sommeil lent profond et plus particulièrement une baisse de la fréquence des spindles, au cours du vieillissement et chez des patients Alzheimer. La quantité de sommeil lent profond est corrélée positivement avec les performances en mémoire épisodique. Durant ce stade, il y aurait une baisse d'acétylcholine qui permettrait un passage de l'hippocampe au néocortex. A l'inverse, le sommeil paradoxal augmenterait le taux d'acétylcholine et serait impliqué dans la consolidation en mémoire procédurale (Hornung, 2007).

    La deuxième journée de conférence a abordé les thèmes de sémantisation, d' « hyper consolidation » et de faux souvenirs.

    M. Kopelman étudie le déclin de la trace mnésique au travers de l'amnésie rétrograde dans le cadre des démences. Le volume du lobe frontal, du lobe temporal médian et du thalamus serait un prédicateur de l'amnésie rétrograde. La présentation d'une étude de cas de démence sémantique a démontré qu'il y avait une pauvreté d'organisation de la récupération en mémoire autobiographique lors d'une lésion frontale bilatérale. En effet, même si les troubles de la mémoire épisodique sont en lien avec des lésions hippocampiques, la récupération devient indépendante de l'hippocampe et du lobe temporal. La tâche de reconnaissance serait une condition pour voir s'il y a un trouble de la consolidation alors que la tâche de rappel libre et différé seraient les conditions pour voir s'il y a un trouble de la rétention.

    A. Viard a présenté des études sur la mémoire autobiographique qui confirmeraient le modèle de la théorie des traces multiples. En effet, La reconstruction d'un souvenir autobiographique passe par trois traitements successifs (processus de recherche, de vérification, de référence à soi). Le lobe temporal interne (précunéus, gyrus parahippocampique) interviendrait dans la génération d'images lors du rappel des souvenirs anciens et récents.

    J. Dayan et B. Guillery-Girard, nous ont parlé du syndrome de stress post - traumatique et plus particulièrement de la caractéristique de dissociation volontaire / involontaire. L'accès au souvenir autobiographique pourrait se faire selon deux voies ; une de haut niveau et une de bas niveau, conduisant (dans le cadre de la PTSD) à une confusion des registres, une hypergénéralisation interprétative, une reviviscence involontaire, la présence de souvenirs intrusifs, un manque de sensibilité au contexte... D'un côté, il y a la précision des émotions et sentiments (l'intensité du flash back) et de l'autre on aurait une perte de la précision de la vividité de la mémoire épisodique (faiblesse de recollection). Au regard de l'apport des recherches sur le PTSD, les auteurs se demandent si l'on peut parler d'hyper-consolidation lorsque l'on observe une hypo-consolidation de la mémoire volontaire et une consolidation de la mémoire involontaire. L'hyperactivité de l'amygdale n'est pas liée à une relation top-down du fonctionnement du lobe frontal, mais elle impliquerait des modifications fonctionnelles de l'hippocampe. Une étude en subliminal a démontré qu'il y avait une activation dans les zones visuelles associatives élaborées chez les patients PTSD, la question d'un réseau lié à l'amygdale qui court-circuiterait le lobe frontal pour activer les zones sensorielles, se pose alors.

    A. Schnider a présenté une suite d'expériences sur trois groupes (« contrôle », « amnésique », « confabulation ») qui fut menée au travers d'une épreuve de reconnaissance d'images. Les résultats ont montrés que le groupe « confabulation » faisait beaucoup plus de fausses réponses quelque soit le délai, comme s'il y avait un défaut de suppression des informations en mémoire. L'épreuve de reconnaissance permettrait ainsi de détecter des difficultés d'un mécanisme de filtrage permettant l'oubli des informations inutiles. Ces fausses réponses étant corrélées avec les capacités de désorientation. Cependant, cette désorientation n'est pas corrélée avec la mémoire épisodique mais avec la région orbito-frontal.

    H. Beaunieux a repris les résultats d'une étude sur la mémoire procédurale afin d'y étudier les processus de consolidation. Pour celle-ci, le gain inter-session et la résistance à l'interférence sont les indices de consolidation que l'on peut objectiver. Au sein d'un apprentissage procédural, on n'observe pas d'amélioration mais une stabilisation progressive des performances. Les dégradations observées au sein des premières inter-sessions peuvent être spécifiques à la phase cognitive de l'apprentissage procédurale (car, on observe, par la suite, une stabilisation des résultats) et ne dépendraient pas d'un déficit de consolidation mais plutôt d'un déficit de la mémoire épisodique (corrélation positive entre l'épreuve procédurale et l'épreuve en mémoire déclarative).

    S. Belliard a démontré l'importance de l'interaction entre le sujet et l'objet dans l'acquisition et le maintien des connaissances chez des patients atteint de démence sémantique. Quand on compare l'activation cérébrale face à des items familiers VS inconnus, on observe alors que seul les items familiers activent le gyrus cingulaire (Taylor, 2008).

    F. Sellal a présenté des études de cas d'épilepsie temporale en abordant les difficultés de diagnostic inhérentes à cette pathologie. Il préconise la réalisation de bilans mnésiques inter-critiques à plusieurs jours voir plusieurs semaines, à distance de la crise, afin de mettre en évidence un phénomène d'oubli accéléré qui est souvent observé chez les épileptiques.

    C. Thomas Antérion a abordé les amnésies rétrogrades fonctionnelle et psychogène en présentant plusieurs cas cliniques. Elle remarque que lorsque le patient récupère des souvenirs autobiographiques, cette récupération est souvent spectaculaire. C'est comme si il y avait un télescopage du contexte avec la mémoire source, car quand le patient récupère c'est dans un contexte similaire.

    P. Piolino a parlé du phénomène de sémantisation qu'elle a illustré au travers de la littérature. La répétition, l'intervalle de rétention et la réactualisation sont les trois facteurs de sémantisation. Le fait de répéter semble avoir un effet bénéfique dans la consolidation dès lors que c'est dans le même contexte spatio - temporel. A l'inverse ce serait délétère : présence de faux souvenirs et phénomène de sémantisation pouvant être fragilisant (Hupbach & al, 08). Une étude d'exploration spatiale en réalité virtuelle a pu démontrer que lorsque le contexte spatial est répété, il y a un désengagement de l'hippocampe avec le temps, à l'inverse, lorsqu'il y a qu'un trajet de réalisé et quand il y a une reviviscence des détails phénoménologiques, l'hippocampe reste activé.

    C. Guillaume a parlé du rôle des émotions sur la consolidation mnésique chez les sujets jeunes et âgés. Les émotions peuvent permettre un encodage plus profond et une mémorisation plus riche. Les souvenirs négatifs sont, ainsi accessibles moins longtemps, évoqués de façon moins complexe et s'affadissent plus que les souvenirs positifs. La différence entre les sujets jeunes et âgés résiderait dans le biais de positivité où l'on observe une tendance des sujets jeunes à favoriser l'apparition de distorsions des souvenirs positifs tandis que les sujets âgés déformeraient et revaloriseraient d'avantage les souvenirs négatifs.

    User Feedback

    Recommended Comments

    There are no comments to display.



    Guest
    Add a comment...

    ×   Pasted as rich text.   Paste as plain text instead

      Only 75 emoji are allowed.

    ×   Your link has been automatically embedded.   Display as a link instead

    ×   Your previous content has been restored.   Clear editor

    ×   You cannot paste images directly. Upload or insert images from URL.