Congrès National de Neuropsychologie Clinique APPEL A COMMUNICATION

Le CNNC se tiendra à Rennes les 8 et 9 octobre prochain... avec votre nom sur le programme ? !

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  • DominiqueC
    DominiqueC

    Considérations réelles et symboliques autour de notre blouse blanche

    Le port de la blouse blanche mérite t’il qu'on y réfléchisse quelques instants ? La question ne semble pas si évidente au premier abord, tant il semble naturel pour les psychologues hospitaliers qui exercent dans le champ de la neuropsychologie de revêtir l’uniforme. D’ailleurs, le futur professionnel qu’est l’étudiant de master se voit remettre, avant toute autre connaissance, la jolie blouse. Elle sera le garant de son appartenance au service, de sa place dans la hiérarchie hospitalière et bien souvent, il faut le reconnaître, le bouclier rêvé face aux embûches à venir (inexpérience, positionnement dans la structure, etc.). Lorsqu’il sera en poste, il sera même tenté de parader auprès des amis et de la famille avec la photo de son badge, prise en uniforme… Je l’ai fait !


    Malgré cet aveu, la place de la blouse m’a toujours questionné : absente d’emblée chez de nombreux psychologues qui travaillent dans le même centre hospitalier, il m’apparaissait tout de même naturel de la porter, comme signe de ralliement à mon service, comme signe distinctif pour les autres professionnels et les patients aussi. Parmi les effets indésirables, les problèmes pouvaient se résumer à cette phrase inévitablement prononcée par mes patients.. le fameux « bonjour docteur ! ».

    Pour ma part, j’ai continué à porter l’uniforme lors de mes consultations, mais avec les contraintes d’une infinie précaution :

    « Bonjour docteur »

    « Bonjour Madame... je ne suis pas docteur mais psychologue par contre. Mon rôle est différent, mais pas d’inquiétude, je vais tout vous expliquer une fois dans mon bureau »

    ce à quoi on me répondait le plus souvent « bien docteur, on est vraiment content de vous voir vous savez ! »

    L’ambiguïté involontaire me revenait parfois aux oreilles avec un « tiens, j’ai vu notre patiente hier, encore une qui te croit médecin» toujours ponctué par un « bon, en même temps, on porte les mêmes blouses, c’est pas de leur faute hein». Ce n’est pas faux... Un jour pourtant, on profita d’un changement de bâtiment pour modifier subtilement la plaque vissée sur ma porte. Je venais de passer de D. Cazin à M. Cazin. Visiblement, ce D(ominique) avait été désigné coupable de l’ambiguïté ambiante. Etait-ce vraiment lui le fautif ??

    Mon cheminement m’a amené à me demander quelles pouvaient être les conséquences (involontaires) à porter les vêtements d’un autre ?

    Adam et Galinsky sont deux chercheurs qui pensent que porter certains vêtements peut avoir un effet sur notre fonctionnement cognitif. Dans ce mécanisme, la signification symbolique du vêtement porté aurait un rôle à jouer. Ils ont publié un article en juillet 2012 en jouant sur un thème à la mode, la cognition incarnée, leur article s’intitulant : Enclothed cognition. Les auteurs concluent, sans détour, que « les vêtements peuvent avoir des conséquences sur la cognition et le comportement des individus qui les portent ». Si les chercheurs se sont principalement intéressés aux fonctions cognitives, nous pourrions nous demander si des effets plus larges ne sont pas à l’œuvre. Dit autrement, le fait de porter une blouse n’oriente t’il pas la perception que nous avons de nous-mêmes et du travail que nous devons accomplir ?

    Il pourrait être intéressant de voir si le port d’une blouse n’oriente pas plus souvent notre manière d’appréhender ce que raconte ou fait notre patient sur un registre médical par exemple. Ce type d’hypothèse pourrait être décliné sur une multitude d’aspects de notre pratique et en attendant d’avoir des réponses plus précises, peut-être devrions-nous nous montrer plus précautionneux avec ce vêtement médical.

    Parmi les autres conséquences, cette fois externes, le glissement du psychologique vers le médical en est un autre que nous ne devrions pas ignorer. Arborer les signes d’une autre profession n’est pas sans conséquence sur la vision du grand public pour la neuropsychologie. Elle est déjà souvent présentée comme paramédicale, à vocation uniquement psychométrique. Elle prête le flanc à des conduites abusives avec assèchement du temps clinique au profit de quelques tests (voir cet article). Notre port de la blouse ne renforce t’il pas le flou qui existe autour de la définition de nos actes et de notre identité ?

    Faire disparaître la blouse nous rendrait il moins crédible ? Sandrine Motamed (2006) nous dit le contraire dans une méta analyse Suisse. Motamed montre que l’opinion des patients est nettement influencée par l’habillement de leur propre médecin qui devient une sorte de référence. Dans les situations où ce dernier ne porte pas lui-même de blouse blanche, cette tenue est moins souvent préférée par ses patients. Il est intéressant de noter que dans leur revue, la satisfaction des patients à l’égard des soins n’était pas liée à la tenue vestimentaire des médecins. Par contre, le patient aurait tendance à donner au vêtement un rôle identificatoire en milieu hospitalier : une blouse blanche serait le signal qui indique que l’on se trouve devant un médecin. Encore une fois, le vêtement pourrait entretenir un flou délétère à la reconnaissance de notre corps professionnel.

    Risquerait-on de mettre en danger l’équilibre sanitaire de notre établissement ?

    L’argument le plus impérieux pour le port de la blouse est toujours celui de l’hygiène et cette question transcende bien évidemment les différents statuts, y compris notre no man’s land « ni médical, ni paramédical ». Sauf qu’à bien y regarder, et je parle des services de consultation, l’activité n’implique aucun contact avec des matières infectieuses. Le lavage des mains est là pour assurer à chacun une hygiène suffisante et n’est-ce pas d’ailleurs ce qui se passe dans tout bon cabinet médical en ville ?

    La propagation de bactéries par la blouse est un sujet d’actualité dans de nombreux pays, certains ayant déjà décidé de s’en débarrasser définitivement comme en Ecosse et en Angleterre. D’autres pays comme les USA se posent la question également. Dans une étude Israëlienne récente (Wiener-Well et al., 2011), les chercheurs ont collecté 238 blouses ou tuniques appartenant à 75 infirmières et à 60 médecins et ont fait des prélèvements au niveau des manches, de la zone abdominale et des poches qu'ils ont mis en culture. 65 % des uniformes appartenant aux infirmières ainsi que 60 % de ceux des médecins se sont avérés porteurs d'agents pathogènes. Pire, pas moins de 21 tenues d'infirmières et 6 de médecins étaient colonisées par des souches de bactéries multirésistantes aux antibiotiques, dont le staphylocoque doré.

    La blouse blanche serait elle rassurante pour nos patients ? Ce n’est pas ce que nous dit le célèbre « effet blouse blanche », bien connu depuis la fin des années 80. Une étude de Giuseppe et al. (1987) a montré qu’il existait une réaction d’alerte et une hausse de la tension artérielle en présence d’une blouse blanche chez certains patients. Ces résultats ont été répliqués de manière particulièrement consistante. Le port d’une blouse peut être à l’origine d’effets somatiques néfastes chez nos patients.

    Du réel au symbolique

    Le concept « effet blouse blanche » s’est progressivement élargi pour désigner, aujourd’hui, tout symptôme qui apparaît à cause du contexte où on l’observe.

    Les effets « blouse blanche » intéressent les psychologues depuis les années 70 avec une résurgence assez récente de la question dans le domaine de la gériatrie et de l’évaluation de la mémoire. Le déclin mnésique chez les personnes testées ne pourrait-il pas être relié au stress de la situation ? Desrichard et Köpetz (2005) ont testé l’hypothèse. Pour cela, ils ont fait varier le stress en précisant aux personnes testées, dans un cas que le test était destiné à évaluer leurs capacités de mémoire, et dans l’autre cas, qu’il était destiné à évaluer d’autres capacités cognitives (capacités de repérage dans l’espace, aptitude à reconnaître des formes ou aptitudes verbales). Leur idée était que, s’il s’agit d’un effet blouse blanche, les personnes âgées seraient plus stressées dans le cas où on leur annonce qu’on va évaluer leurs capacités de mémoire. Effectivement, lorsque l’accent est mis sur la mémoire, les seniors obtiennent de moins bons résultats que si le test semble porter sur le repérage spatial ou les aptitudes verbales. Il s’agit donc bien d’un effet blouse blanche, auquel les personnes âgées sont particulièrement sensibles : de jeunes adultes passant l’expérience dans les mêmes conditions sont insensibles au fait que le test soit présenté ou non comme un test de mémoire, et ont obtenu des performances indépendantes de l’enjeu des épreuves. Cet effet a été répliqué à six reprises par des équipes indépendantes et dans des pays différents. Il indique la présence d’un biais dans l’évaluation de la mémoire chez les seniors. Le simple fait de faire passer des tests de mémoire à ces derniers suffit à détériorer notablement leurs performances. Tout comme l’hypertension est en partie induite par la présence du médecin, le déclin mnésique est en partie provoqué par l’enjeu du test.

    Parmi les mécanismes en jeu, il pourrait y avoir l’existence de pensées intrusives, liées aux images négatives d’une perte de mémoire (risque d’Alzheimer, etc.), mais aussi la notion de sentiment d’auto-efficacité mnésique. Le SAM désigne l’évaluation que fait une personne de ses capacités à utiliser sa mémoire de façon efficace. Placé devant le test de mémoire, le participant âgé pourrait faire de manière automatique une prédiction, même vague, sur sa performance. Lorsque la tâche est présentée comme une épreuve de mémoire, le sujet craint d’échouer et, paradoxalement, il a tendance à se désinvestir de la tâche. Cet effet blouse blanche n’apparaît que chez les seniors ayant un faible sentiment d’auto-efficacité mnésique.

    En sachant tout cela, attardons-nous maintenant sur le premier contact qu’un psychologue en service de consultation a avec son patient. Il porte une blouse blanche, potentiellement stressante et inductrice d’informations contradictoires sur le métier du professionnel. Il se présente et indique qu’il est là pour faire « des petits tests de la mémoire » avec la personne, activant des pensées intrusives chez des patients le plus souvent fragilisés, ayant déjà un faible sentiment d’auto-efficacité mnésique. En résumé, s’il avait voulu s’y prendre moins bien pour démarrer la consultation, ça n’aurait pas été chose facile !

    Le vêtement que nous portons n’est pas sans incidence sur notre identité professionnelle, sur les rapports que nous entretenons avec les patients et nos collègues, sur nos activités professionnelles. Mon souhait en rédigeant cette réflexion n’était pas de bannir tout espace transitionnel entre le corps médical et les psychologues. Mais il nous appartient de réfléchir, plus souvent peut être, sur les choix que nous faisons sur le terrain pour incarner la profession de psychologue spécialisé en neuropsychologie.

    Le meilleur espace transitionnel restera toujours la compétence mise au service des autres. Cette compétence n’est rien, sans esprit critique.

    Si vous vous sentez à l'étroit dans votre blouse, ou si au contraire, vous ne pensez pas du tout qu'elle puisse être contraire à la pratique, racontez nous :)

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    Recommended Comments



    Bonjour à tous,

     

    Pour ma part, pas de blouse, ni en ehpad (du temps où j'intervenais en ehpad), ni en consultation externe, et ni dans les services. Je porte simplement un badge dans les services (quand je n'oublie pas de le mettre :$)  Même si j'essaye dans la mesure du possible de ne pas faire d'entretiens ou de bilans en chambre mais dans un bureau. Par contre je respecte les protocoles quand il y en a (s'il faut mettre des gants, une surblouse et une charlotte pour voir un patient en isolement je le fais). 

     

    Je suis d'accord avec Dominique, la question de l'hygiène est un faux problème, nous ne faisons pas de manutention comme les infirmières, les aides soignants et les paramédicaux, nos contacts physiques avec les patients sont très réduits et se limitent généralement à une poignée de main, voire à s’asseoir sur une chaise dans la chambre du patient, mais là encore la blouse (qui ne serait dans tous les cas pas une tenue intégrale pour les psychologues dans mon établissement) ne protégerai pas mes petites fesses des vilains microbes m'attendant sur cette chaise. D'autant que comme certains l'ont déjà fait remarqué, la blouse est certainement changée moins souvent que les vêtements civils...

     

    Concernant le contact avec les patients, cela reste bien évidemment une impression personnelle, mais je trouve qu'il est facilité. Je pense que l'on offre un support de projection plus neutre en étant habillé en civil qu'avec une blouse(à moins bien sûr d'avoir un style vestimentaire quelque peu marginal dans ce cas là blouse ou tenue vestimentaire, ça revient au même)  qui facilite l'instauration d'une relation de confiance. D'ailleurs c'est intéressant de voir que très souvent ce sont les psychologues et les psychiatres qui sont exonérés du port de la blouse dans les institutions, et il y a sans doute une raison à cela!

     

    Je trouve également, que le fait de ne pas porter de blouse, et de ne pas être identifiée aussi facilement que les soignants, m'oblige à faire cet effort de présentation. Je ne suis pas sûre que je le ferai de manière aussi systématique si je portais une blouse m'identifiant comme appartenant à l'institution.

     

    Après je suis d'accord sur le coté pratique et le fait que le port de la blouse facilite l'intégration dans les équipes, beaucoup ne comprennent pas pourquoi "la psycho, cet electron libre, ne porte pas de blouse".

     

    D'autant que le non port entraîne aussi quelques désagréments comme les fameuses réflexions sur l'hygiène, ou encore les soignants qui ne me connaissent pas et  me font les gros yeux quand il me trouve dans l'office en train de consulter les dossiers des patients (ce que je comprends tout à fait)... Après, au fil du temps on fini par s'intégrer blouse ou pas blouse. De plus, comme le souligne Benjamin M. c'est parfois bien de garder un minimum de distance vis à vis des équipes, pour maintenir une certaine objectivité dans les prises en charge. 

     

    Je pense que les enjeux sont aussi très différents d'une institution à l'autre et chaque cas est particulier. Dans mon cas, le non port de la blouse est également une façon de résister à une pression institutionnelles qui tend à nous mettre au même niveau que les infirmières (on nous a déjà collé la directrice des soins infirmiers en "référente fonctionnelle", qui pense que les psychologues interviennent sur prescription médicale, et on étaient auparavant évalués par la cadre supérieure (= infirmière)...)

     

    Pour finir, la réflexion d'Orane résume assez bien ce qui me questionne aussi  :

     

     "Au final, la réflexion que je propose est : doit-on accorder plus d'importance à notre intégration dans une équipe qui sert le patient (revêtir la blouse dans certains cas) ? ou ne pas revêtir la blouse pour être à l'aise toujours dans le but de servir le rapport avec le patient ?"

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    Bonsoir, 

     

    je suis étudiante infirmière en troisième année et pour mon travail de fin d'étude je souhaiterai aborder la question suivante : 

    " en quoi le port de la blouse blanche joue un rôle sur la posture professionnelle de l'étudiant infirmier " 

    pouvez vous m'aider ? ou auriez vous de la biblio pour me guider 

    je vous en serai grandement reconnaissante 

    ( ps : je cherche l'étude enclothed cognition traduite … ) 

    merci d'avance 

     

    Noémie 

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    Bonjour,

    Je suis étudiant en médecine et je me fais la réflexion depuis maintenant quelques mois : quelles conséquences du port de la blouse (en tant que médecin cette fois-ci) sur l'examen clinique avec le patient ? N'y a-t-il pas un biais lors de l'interrogatoire uniquement à cause de ce vêtement "d'autorité" ? Et pour aller plus loin, n'est-ce pas néfaste pour la relation avec le patient ?
    Pour avoir pu le voir à l'hôpital lors de stages, j'ai le sentiment que ce simple vêtement crée une barrière (recherchée ?) avec le patient, ainsi qu'une différence entre les personnels soignants qui collaborent pourtant ensemble dans le même but... Ces biais sont-ils réels lors d'examen cliniques/d'entretients avec le patient ? Votre article y répond en partie lors de tests de mémoires avec différentes catégories d'âges, mais y'a-t-il eu des études sur cela en milieu hospitalier de façon plus vaste lors de tous types de contact médecin-malade ?
    En tout cas je trouve votre billet passionnant et il répond à certaines de mes questions. J'ai le sentiment qu'un uniforme identique pour tous les personnels hospitaliers serait plus approprié : la tunique infirmière/kiné/AS/brancardier n'est-elle pas suffisante du point de vue de l'hygiène ? Pourquoi conserver une exception pour les médecins ?

    Merci pour la réflexion que vous apportez.

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