Congrès National de Neuropsychologie Clinique APPEL A COMMUNICATION

Le CNNC se tiendra à Rennes les 8 et 9 octobre prochain... avec votre nom sur le programme ? !

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cnnc4.png  Appel à Communication PROROGE jusqu'au 30 Avril 2020 : A vous de jouer !

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  • DominiqueC
    DominiqueC

    Considérations réelles et symboliques autour de notre blouse blanche

    Le port de la blouse blanche mérite t’il qu'on y réfléchisse quelques instants ? La question ne semble pas si évidente au premier abord, tant il semble naturel pour les psychologues hospitaliers qui exercent dans le champ de la neuropsychologie de revêtir l’uniforme. D’ailleurs, le futur professionnel qu’est l’étudiant de master se voit remettre, avant toute autre connaissance, la jolie blouse. Elle sera le garant de son appartenance au service, de sa place dans la hiérarchie hospitalière et bien souvent, il faut le reconnaître, le bouclier rêvé face aux embûches à venir (inexpérience, positionnement dans la structure, etc.). Lorsqu’il sera en poste, il sera même tenté de parader auprès des amis et de la famille avec la photo de son badge, prise en uniforme… Je l’ai fait !


    Malgré cet aveu, la place de la blouse m’a toujours questionné : absente d’emblée chez de nombreux psychologues qui travaillent dans le même centre hospitalier, il m’apparaissait tout de même naturel de la porter, comme signe de ralliement à mon service, comme signe distinctif pour les autres professionnels et les patients aussi. Parmi les effets indésirables, les problèmes pouvaient se résumer à cette phrase inévitablement prononcée par mes patients.. le fameux « bonjour docteur ! ».

    Pour ma part, j’ai continué à porter l’uniforme lors de mes consultations, mais avec les contraintes d’une infinie précaution :

    « Bonjour docteur »

    « Bonjour Madame... je ne suis pas docteur mais psychologue par contre. Mon rôle est différent, mais pas d’inquiétude, je vais tout vous expliquer une fois dans mon bureau »

    ce à quoi on me répondait le plus souvent « bien docteur, on est vraiment content de vous voir vous savez ! »

    L’ambiguïté involontaire me revenait parfois aux oreilles avec un « tiens, j’ai vu notre patiente hier, encore une qui te croit médecin» toujours ponctué par un « bon, en même temps, on porte les mêmes blouses, c’est pas de leur faute hein». Ce n’est pas faux... Un jour pourtant, on profita d’un changement de bâtiment pour modifier subtilement la plaque vissée sur ma porte. Je venais de passer de D. Cazin à M. Cazin. Visiblement, ce D(ominique) avait été désigné coupable de l’ambiguïté ambiante. Etait-ce vraiment lui le fautif ??

    Mon cheminement m’a amené à me demander quelles pouvaient être les conséquences (involontaires) à porter les vêtements d’un autre ?

    Adam et Galinsky sont deux chercheurs qui pensent que porter certains vêtements peut avoir un effet sur notre fonctionnement cognitif. Dans ce mécanisme, la signification symbolique du vêtement porté aurait un rôle à jouer. Ils ont publié un article en juillet 2012 en jouant sur un thème à la mode, la cognition incarnée, leur article s’intitulant : Enclothed cognition. Les auteurs concluent, sans détour, que « les vêtements peuvent avoir des conséquences sur la cognition et le comportement des individus qui les portent ». Si les chercheurs se sont principalement intéressés aux fonctions cognitives, nous pourrions nous demander si des effets plus larges ne sont pas à l’œuvre. Dit autrement, le fait de porter une blouse n’oriente t’il pas la perception que nous avons de nous-mêmes et du travail que nous devons accomplir ?

    Il pourrait être intéressant de voir si le port d’une blouse n’oriente pas plus souvent notre manière d’appréhender ce que raconte ou fait notre patient sur un registre médical par exemple. Ce type d’hypothèse pourrait être décliné sur une multitude d’aspects de notre pratique et en attendant d’avoir des réponses plus précises, peut-être devrions-nous nous montrer plus précautionneux avec ce vêtement médical.

    Parmi les autres conséquences, cette fois externes, le glissement du psychologique vers le médical en est un autre que nous ne devrions pas ignorer. Arborer les signes d’une autre profession n’est pas sans conséquence sur la vision du grand public pour la neuropsychologie. Elle est déjà souvent présentée comme paramédicale, à vocation uniquement psychométrique. Elle prête le flanc à des conduites abusives avec assèchement du temps clinique au profit de quelques tests (voir cet article). Notre port de la blouse ne renforce t’il pas le flou qui existe autour de la définition de nos actes et de notre identité ?

    Faire disparaître la blouse nous rendrait il moins crédible ? Sandrine Motamed (2006) nous dit le contraire dans une méta analyse Suisse. Motamed montre que l’opinion des patients est nettement influencée par l’habillement de leur propre médecin qui devient une sorte de référence. Dans les situations où ce dernier ne porte pas lui-même de blouse blanche, cette tenue est moins souvent préférée par ses patients. Il est intéressant de noter que dans leur revue, la satisfaction des patients à l’égard des soins n’était pas liée à la tenue vestimentaire des médecins. Par contre, le patient aurait tendance à donner au vêtement un rôle identificatoire en milieu hospitalier : une blouse blanche serait le signal qui indique que l’on se trouve devant un médecin. Encore une fois, le vêtement pourrait entretenir un flou délétère à la reconnaissance de notre corps professionnel.

    Risquerait-on de mettre en danger l’équilibre sanitaire de notre établissement ?

    L’argument le plus impérieux pour le port de la blouse est toujours celui de l’hygiène et cette question transcende bien évidemment les différents statuts, y compris notre no man’s land « ni médical, ni paramédical ». Sauf qu’à bien y regarder, et je parle des services de consultation, l’activité n’implique aucun contact avec des matières infectieuses. Le lavage des mains est là pour assurer à chacun une hygiène suffisante et n’est-ce pas d’ailleurs ce qui se passe dans tout bon cabinet médical en ville ?

    La propagation de bactéries par la blouse est un sujet d’actualité dans de nombreux pays, certains ayant déjà décidé de s’en débarrasser définitivement comme en Ecosse et en Angleterre. D’autres pays comme les USA se posent la question également. Dans une étude Israëlienne récente (Wiener-Well et al., 2011), les chercheurs ont collecté 238 blouses ou tuniques appartenant à 75 infirmières et à 60 médecins et ont fait des prélèvements au niveau des manches, de la zone abdominale et des poches qu'ils ont mis en culture. 65 % des uniformes appartenant aux infirmières ainsi que 60 % de ceux des médecins se sont avérés porteurs d'agents pathogènes. Pire, pas moins de 21 tenues d'infirmières et 6 de médecins étaient colonisées par des souches de bactéries multirésistantes aux antibiotiques, dont le staphylocoque doré.

    La blouse blanche serait elle rassurante pour nos patients ? Ce n’est pas ce que nous dit le célèbre « effet blouse blanche », bien connu depuis la fin des années 80. Une étude de Giuseppe et al. (1987) a montré qu’il existait une réaction d’alerte et une hausse de la tension artérielle en présence d’une blouse blanche chez certains patients. Ces résultats ont été répliqués de manière particulièrement consistante. Le port d’une blouse peut être à l’origine d’effets somatiques néfastes chez nos patients.

    Du réel au symbolique

    Le concept « effet blouse blanche » s’est progressivement élargi pour désigner, aujourd’hui, tout symptôme qui apparaît à cause du contexte où on l’observe.

    Les effets « blouse blanche » intéressent les psychologues depuis les années 70 avec une résurgence assez récente de la question dans le domaine de la gériatrie et de l’évaluation de la mémoire. Le déclin mnésique chez les personnes testées ne pourrait-il pas être relié au stress de la situation ? Desrichard et Köpetz (2005) ont testé l’hypothèse. Pour cela, ils ont fait varier le stress en précisant aux personnes testées, dans un cas que le test était destiné à évaluer leurs capacités de mémoire, et dans l’autre cas, qu’il était destiné à évaluer d’autres capacités cognitives (capacités de repérage dans l’espace, aptitude à reconnaître des formes ou aptitudes verbales). Leur idée était que, s’il s’agit d’un effet blouse blanche, les personnes âgées seraient plus stressées dans le cas où on leur annonce qu’on va évaluer leurs capacités de mémoire. Effectivement, lorsque l’accent est mis sur la mémoire, les seniors obtiennent de moins bons résultats que si le test semble porter sur le repérage spatial ou les aptitudes verbales. Il s’agit donc bien d’un effet blouse blanche, auquel les personnes âgées sont particulièrement sensibles : de jeunes adultes passant l’expérience dans les mêmes conditions sont insensibles au fait que le test soit présenté ou non comme un test de mémoire, et ont obtenu des performances indépendantes de l’enjeu des épreuves. Cet effet a été répliqué à six reprises par des équipes indépendantes et dans des pays différents. Il indique la présence d’un biais dans l’évaluation de la mémoire chez les seniors. Le simple fait de faire passer des tests de mémoire à ces derniers suffit à détériorer notablement leurs performances. Tout comme l’hypertension est en partie induite par la présence du médecin, le déclin mnésique est en partie provoqué par l’enjeu du test.

    Parmi les mécanismes en jeu, il pourrait y avoir l’existence de pensées intrusives, liées aux images négatives d’une perte de mémoire (risque d’Alzheimer, etc.), mais aussi la notion de sentiment d’auto-efficacité mnésique. Le SAM désigne l’évaluation que fait une personne de ses capacités à utiliser sa mémoire de façon efficace. Placé devant le test de mémoire, le participant âgé pourrait faire de manière automatique une prédiction, même vague, sur sa performance. Lorsque la tâche est présentée comme une épreuve de mémoire, le sujet craint d’échouer et, paradoxalement, il a tendance à se désinvestir de la tâche. Cet effet blouse blanche n’apparaît que chez les seniors ayant un faible sentiment d’auto-efficacité mnésique.

    En sachant tout cela, attardons-nous maintenant sur le premier contact qu’un psychologue en service de consultation a avec son patient. Il porte une blouse blanche, potentiellement stressante et inductrice d’informations contradictoires sur le métier du professionnel. Il se présente et indique qu’il est là pour faire « des petits tests de la mémoire » avec la personne, activant des pensées intrusives chez des patients le plus souvent fragilisés, ayant déjà un faible sentiment d’auto-efficacité mnésique. En résumé, s’il avait voulu s’y prendre moins bien pour démarrer la consultation, ça n’aurait pas été chose facile !

    Le vêtement que nous portons n’est pas sans incidence sur notre identité professionnelle, sur les rapports que nous entretenons avec les patients et nos collègues, sur nos activités professionnelles. Mon souhait en rédigeant cette réflexion n’était pas de bannir tout espace transitionnel entre le corps médical et les psychologues. Mais il nous appartient de réfléchir, plus souvent peut être, sur les choix que nous faisons sur le terrain pour incarner la profession de psychologue spécialisé en neuropsychologie.

    Le meilleur espace transitionnel restera toujours la compétence mise au service des autres. Cette compétence n’est rien, sans esprit critique.

    Si vous vous sentez à l'étroit dans votre blouse, ou si au contraire, vous ne pensez pas du tout qu'elle puisse être contraire à la pratique, racontez nous :)

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    Recommended Comments



    Je suis d'accord avec la plupart de ce qui a été dit plus haut. Travaillant en libéral, je ne porte plus la blouse et on me donne néanmoins du Dr tant à l'oral qu'à l'écrit... et je ne pense pas que celà soit lié à la catégorie socio-professionnelle. J'y ai eu droit également de la part de médecins psychiatres, de kinés, d'ostéopathes venant consulter pour leurs enfants et qui devraient mieux naviguer que d'autres dans ces catégories là, et pourtant !

    Je pense que c'est plus lié à la qualité de patient et à ses attentes... il vient chercher une compétence, un diagnostic, une compréhension, une aide, il est en quelque sorte dans une démarche de soin qui lui rappelle, par analogie, celle plus fréquente du médecin/patient.

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    Cela fait également quelques temps que je me pose la question du port de la blouse.

    Je suis d'accord avec la plupart des points soulevés jusqu'ici, je ne vais donc pas les réécrire.

    Malgré tout, lorsque je décide de ne pas la porter, je change immédiatement d'avis pour une raison uniquement pratique : où mettre le téléphone, les stylos, le bloc-note, le chrono et les clés si je n'ai pas les poches de ma blouse?

    Bref retour à la case départ!

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    Même sans blouse le "docteur" est prononcé..

    Au-delà de tout symbole, (soyons un peu terre à terre 5 secondes lol) pour moi la blouse est là comme une protection sanitaire aussi. Certes pour le psychologue l'enjeu est différent et l'idée même de "protection" peut prêter à de multiples associations d'idées lol Le contact physique est moins présent que lors de soins, mais on peut tt de,même être amené à soutenir par le bras, on s’assoit dans leur chambre etc. Bon, il faudrait aussi des sabots pour bien faire dans cette lignée là et ça c'est moins proposé en milieu hospitaliser il me semble. Personnellement, j'ai fini par les adopter en maison de retraite! "mon" uniforme de là-bas lol mais aussi bien d'autres rôles d'hygiène de base pour soi et pour les autres donc ..On entre qd même dans leur chambre, on y amène plein de microbes et cies sous nos chaussures et inversement (le sol peut coller..et vi..). En ce qui me concerne, je n'aimerais pas que mes invités aillent et viennent dans ma chambre avec leurs chaussures, vous êtes prévenus lol!

    Bon, bien sûr, comme le précise un petit paragraphe plus haut..encore faut-il que ces blouses soient entretenues mais la blanchisserie n'est pas interdites à nos blouses ;)

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    @Karine : je pense qu'il y a matière à discuter mais l'argument le moins intéressant me semble précisement être celui de l'hygiène. D'une part, parce que j'évoque la situation des consultations externes, celles où nos patients viennent de l'extérieur à l'image de ce qui peut se passer dans un cabinet en ville et d'autre part, parce que la blouse est justement critiquée pour sa tendance à ne pas être hygiénique. Les anglais et les écossais l'ont déjà supprimés, les USA y réfléchissent. Une étude israelienne a montré que les blouses véhiculaient des agents infectieux parfois graves (staphylocoque doré) chez des médecins et infirmiers qui se changent pourtant tous les jours.

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    Pour ma part, on m'a "imposé" la blouse à mon arrivée en gérontopsychiatrie, prétextant que les patients avaient besoin de repérer qui était qui ... ce qui est parfaitement ridicule (je ne suis ni médecin ni infirmière, je n'ai donc pas à avoir le même habit). J'ai rapidement laissé tomber, principalement pour les raisons que tu évoques Dominique: je ne suis pas personnel médical donc non je ne peux pas vous dire d'où vient votre mal de dos, non je ne peux pas vous faire une ordonnance, non ce n'est pas moi qui décide de votre sortie (question très récurrente quand je portais la blouse !!!)... par contre, on va discuter et j'aimerai que vous me racontiez ce qui vous est arrivé.

    Finalement ce qui m'a toujours le plus gêné dans le port de la blouse (attention c'est mon impression personnelle), c'est que j'ai toujours eu l'impression que, en dehors des considérations d'hygiène pour les médicaux, cet habit était surtout là pour stigmatiser la différence entre "eux" (les "malades"), et nous ("les savants"). Et je ne veux surtout pas avoir la place de celle qui sait mieux que le malade parce qu'en vérité, j'en sais bien moins.

    Merci pour cet article que je vais diffuser à mes collègues :)

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    une seconde peau tout simplement!!! cette blouse blanche aux manches si longues qaund on est petite (en taille mais pas psyhiquement !!! je charries !!!) pour l'avoir portée 35ans et devoir la quitter bientôt !sinon il ya celle des internes que l'on emprunte l'été (moins chaude !!!)

    ninilarouge

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    Personnellement, cette discussion me renvoit plutôt à la notion plus globale de stéréotype.

    Stéréotypes qui sont activés chez le patient, mais chez nous aussi. Inconsciemment, nos comportements/attitudes ne changent-ils pas quand nous portons la blouse blanche? Le patient a des attentes par rapport à nous.

    De même, par rapport à l'impact sur le fonctionnement cognitif, Levy (2008, 2009) a fait quelques études sur l'impact des stérétotypes sur le fonctionnement cognitif et sur la santé physique.

    En gros, pour résumé, si la personne âgée avait une représentation négative du vieillissement, ses performances mnésiques étaient moins bonnes qu'une personne avec une représentation positive du vieillissement. Donc, nos propres stéréotypes influences nos performances.

    Je ne sais pas si ça apportera beaucoup à la discussion, mais lire l'article et vos commentaires a fait ressurgir cette notion dans mon esprit ;-)

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    Pour ma part, je m'étais toujours positionné dans un rejet de la blouse, n'en voyant pas l'utilité pour le psychologue.

    Dans l'hôpital où je me trouve, je suis amené régulièrement à aller d'une unité à une autre avec un nombre de soignants conséquents, des étudiants, du nouveau personnel... Je ne portais pas la blouse au début et ne mesurais pas que cet objet pouvait être un facteur important d'intégration à l'équipe quand tout le monde la porte.

    Aujourd'hui j'ai trouvé un compromis, dans les couloirs je porte la blouse, me rend à l'acceuil avec mais lorsque j'arrive dans mon bureau je l'enlève. Pour l'équipe, c'est un moyen simple de m'identifier. Pour le patient je pense que cela a une symbolique forte: je me déshabille de mon bagage professionnel devant lui, enlève ma carapace et me met à nu...

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    Merci pour ce thème très intéressant et intarissable puisque le port de la blouse est souvent un sujet réactualisé dans les institutions en tout cas dans celle où j'exerce.

    Je suis dans un centre de rééducation où les psychologues ont toujours refusé le port de la blouse. Il y a quelques années, la nouvelle directrice des soins (dont nous ne dépendons pas) a souhaité nous imposer cette tenue. Cette personne était de culture hospitalière en tant de cadre infirmière à l'origine. Il semble intéressant de considérer en effet d'où vient la pression d'uniformisation vestimentaire car les enjeux affichés (meilleure identification) cachent souvent des enjeux de pouvoir sur les catégories professionnelles. Pour exemple, alors que nous ne portons pas de blouses et qu'il existe des psychologues dans cette institution depuis plus de 25 ans, nous devons être vigilants sur les termes employés de type "prescription" plutôt qu'"indication" médicale. Cette distinction demande un effort de différenciation des missions, des cultures, que le corps médical tente parfois de s'économiser. Une équipe se définit-elle par l'uniforme, par l'illusion d'une appartenance à une culture unique?

    De plus, ce qui paraît gênant dans le port de la blouse, c'est l'emplacement de l'étiquette d'identification. Il m'est arrivé, en cours de synthèse où le médecin avait la parole, de regarder avec insistance la poitrine d'une remplaçante pour tenter de déchiffrer son nom et sa profession. Sans pudeur excessive, j'ai trouvé cette posture embarrassante a posteriori...Sans blouse, je l'aurais sans doute directement interrogée, en la regardant dans les yeux, cela aurait paru tout à fait légitime ou bien elle se serait peut-être présentée spontanément en l'absence de signes spécifiques.

    Par ailleurs, je n'ai jamais recueilli de remarques de la part des patients ou des familles sur l'absence de signes distinctifs puisque, de fait, nous travaillons avec eux, ils sont donc bien informés de notre statut et de nos missions. Les collègues directs ne soulèvent pas non plus le problème.

    Dans cet établissement, seuls les médicaux et paramédicaux portent la blouse à l'exception des orthophonistes qui songent d'ailleurs à y remédier pour des raisons....d'hygiène! Elles sont peu nombreuses dans le service (mais plus que nous en termes de temps!!!) et comme nous, elles peuvent être oubliées lors de synthèses ou autres moments insitutionnels (comme nous) et je suppose que cette volonté d'affichage d'appartenance peut-être sous-tendue par le désir d'intégration à cette vaste équipe ou "famille professionnelle"...à sonder plus en profondeur.

    Donc si la question de l'hygiène est invalidée, qu'est-ce qui peut nous motiver à porter la blouse, qui nous le demande et dans quel but? Il me semble que refuser la blouse peut aussi signifier les possibilités d'intégration des différences professionnelles au sein d'un groupe puisque l'essentiel est la cohérence d'équipe au service du patient...

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    Le port de la blouse blanche : une question actuelle pour ma pratique future.

     

    Cette question m’a déjà fait réfléchir aux différentes réponses possibles : Oui, non, faut voir, je n’en sais rien et cætera.

     

    La première fois ce fut en observant l’enthousiasme d’un autre étudiant quand il apprit qu’il porterait une blouse blanche lors de son prochain stage. Ne sachant pas bien pourquoi, je possédais déjà quelques a priori sur son port sans avoir à être allergique au contact du coton. Avant de commencer mon premier stage, j’imaginais que le port de la blouse était réservé aux soignants et non pas aux psychologues. Ainsi nous pouvions nous démarquer de la hiérarchie médicale et paramédicale en faisant valoir notre indépendance quant au choix de notre pratique par exemple (évitant ainsi les MMS sous prescription médicale).

     

    Dans ma conception de clinicien, un psychologue se devait pour moi de ne pas porter cette blouse mais de s’identifier clairement comme psychologue. Ainsi le port d’un badge lisible était pour moi le seul « uniforme » nécessaire en institut. Si l'on voulait s’aider de notre stéréotype afin de faciliter les échanges avec le patient, ne pas biaiser ses performances et poser tout de suite un cadre : une paire de lunettes, un pull à col roulé et une veste en velours côtelée étaient bien suffisants… N’est-ce pas notre stéréotype ?

     

    La question à une nouvelle fois pointée le bout de son nez blanc lors de mon premier stage. En Centre Ressources Autisme, dépendant à la fois du médical et du médico-social, personne ne portait la blouse blanche. Médecin psychiatre, pédiatre, psychologue, éducateur, secrétaire, tous portaient leurs propres vêtements et cela sans badge. La première présentation aux enfants et aux parents se devait donc d’être des plus explicites. Bien que je trouvasse cela plus commode, dans l’absence d’une frontière dans la relation imposée par la blouse, je quittais le CRA sans rien accrocher au portemanteau. La fin de son exercice (de stagiaire) professionnel et le retour à la vie privée étaient donc plus longs, sans coupure nette.

    La dernière fois que cette question s'est imposée à moi (du moins avant la lecture de cet article et de ses riches commentaires) fut lors de mon premier jour de mon actuel stage. Centre de rééducation fonctionnelle, port de la blouse pour tous. Médecin, infirmière, kiné, ergo, secrétaire, technicien de surface et… psychologue. La raison l’hygiène ? Depuis deux semaines, je porte la même blouse sans qu’elle ne soit passée par la blanchisserie, alors que je me change chaque jour de vêtement personnel. Il est vrai qu’elle est pratique par ses poches et pour s’intégrer à l’équipe, tous unis sous la même couleur avec un même but, la rééducation du patient et son bien-être (pourtant le psychologue n’a-t-il pas aussi parfois un rôle d’arbitre, dans sa propre équipe ?). Un badge ne suffirait-il pas à aider les patients à nous distinguer ?

    La question à nouveau en tête, je la poserai à mon maitre de stage en espérant une réponse aussi réfléchie que la question car j’espère que chaque psychologue se pose la question quand, fraichement embarqué il revêt cette mythique blouse blanche.
     

    N’ayant pas encore la réponse, car celle-ci dépend de la personne qui le porte au sein de son lieu d’exercice, j’ai cependant maintenant une idée sur ma préférence :
    des vêtements personnels (quitte à jouer sur les différentes couleurs de velours côtelés et autres pulls à col roulés qui grattent) et un badge « Benjamin. M. psychologue spécialisé en neuropsychologie » (et oui car nous sommes tous psychologue, la neuropsychologie est notre spécialité, ne l’oubliez pas si vous vous faites appeler « Neuropsychologue ».
     

    Cela est ma réponse, qu’en pensez-vous et qu'elle est la vôtre ?

     

     

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    Je viens de rencontrer ce sujet des plus passionnants.

    Avant tout, de tous ces témoignages très enrichissants, me viennent deux principes appris :

    - Beauvois "le contexte fait tout"

    - Charly Cungi "[...] aptitudes humaines : être empathique (savoir bien percevoir la réalité que vit le patient) ; être authentique (se sentir à l’aise, y compris avec son malaise), et enfin être chaleureux (trouver le patient sympathique). "

    La solution serait-elle de faire en fonction du contexte de l'institution dans laquelle on travaille en tenant compte de tout un tas de paramètres qui nous échappent ... ???

    Je ne suis qu'une jeune étudiante pour le moment, ainsi mon impression vaut se qu'elle vaut.

    Pourtant je voudrai rapporter mon propre vécu d'une situation.

    En stage à dans 2 EHPAD différents sur une même période, ma tutrice de stage de l'époque ne voyait pas d'obligation à ce que je porte de blouse. Nous n'avions jamais évoqué la question. Elle-même portait une simple blouse courte qu'elle portait plus ou moins ouverte.

    Cependant, au bout de quelques jours, je remarquais une chose : le non port de blouse de ma part gênait, non pas les résidents, mais bien les équipes siognantes !

    Et dans ma naïveté, j'ai été étonnée de remarquer une chose : les aides soignants ont une blouse différente des autres aides soignantEs. En effet, de façon hiérarchique (alors que les deux métiers sont autant utiles et essentiels), les infirmièr(e)s ont des blouses différentes des aides soignantEs mais pas des aides-soignants (sans E).

    Pour en revenir à mon non-port de blouse : il est toujours complexe pour le stagiaire en psychologie de s'intégrer à l'équipe soignante (victime de stéréotype du genre). Eh bien cette "intégration" s'est faite naturellement lorsque j'ai instauré le port d'une blouse.

    Donc le port d'une blouse pour des raisons d'hygiènes (et compte tenu des dernières données sur la question @DominiqueC) se doit d'être écarté.

    Ceci me fait revenir sur une chose importante qui m'interroge et me semble lié à cette question de port de blouse : celui du rite socio-culturel à ne surtout pas abandonner selon les équipes et donc le contexte de l'institution.

    D'un point de vue pratique, j'ai adopté la blouse alors que naturellement (devrais-je dire athentiquement) je me sentais à l'aise sans ...

    Au final, la réflexion que je propose est : doit-on accorder plus d'importance à notre intégration dans une équipe qui sert le patient (revêtir la blouse dans certains cas) ? ou ne pas revêtir la blouse pour être à l'aise toujours dans le but de servir le rapport avec le patient ?

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    Bonjour à tous et merci pour ce sujet passionnant.

     

    Je n'ai pas pris le temps de lire tous les commentaires, mais ceux que j'ai lu m'apprennent une chose : les avis divergent...

     

    Pour ma part, j'ai connu les 2 situations : En stage de M2, en service de consultations mémoire au CHU, port de la blouse obligatoire ; et depuis un an et demi, en poste au sein d'un EHPAD, tenue "civile".

     

    En tant que stagiaire, le port de la blouse n'est pas toujours facile à assumer, selon moi du moins. Comme d'autres ont pu le signaler, il existe la confusion avec le médecin, mais personnellement, il existait également la confusion avec mes maîtres de stages, relativement jeunes. Pas facile de se positionner en tant qu'apprenant, quand on porte le même uniforme que notre enseignant... Enfin c'était mon sentiment...
     

    Aujourd'hui professionnelle moi-même, j'apprécie de ne plus porter de blouse. Principalement parce que je travaille en EHPAD, qui par définition est un lieu de vie et non d'hospitalisation. Seuls les aides-soignants portent le blanc, question d'hygiène, mais les infirmières coordinatrices ne le portent pas. Il serait donc étrange que la psychologue ait une blouse... J'ai d'ailleurs le sentiment que cela facilite grandement le contact avec les résidants.
    En revanche, il se produit une autre confusion : on me croit souvent infirmière, ou animatrice ; d'autant que, n'ayant pas de bureau moi-même (!), c'est dans celui des animateurs que je travaille...

    Bref, encore une fois, la position du psychologue est difficile à construire, et il me semble que c'est avant tout par notre façon de créer du lien avec nos patients que nous y parviendrons.

    Mais il est effectivement important de prendre en compte cette question de la tenue du psychologue, car elle prend une grand part dans la 1ère impression que nous donnons à nos patients, et donc au lien que nous créons avec eux...

     

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