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    19ième Conférence Annuelle du Rotman Research Institute


    Le Rotman Research Institute est un centre de recherche de renommée mondiale. À chaque année, ils organisent un congrès sur une thématique particulière de la neuropsychologie. La philosophie de ces rencontres est toujours essentiellement la même : offrir des présentations qui, tout en étant très rigoureuses scientifiquement, ont la plupart du temps une portée clinique. On ne sera donc pas surpris de retrouver dans l’assistance des chercheurs et des étudiants mais aussi plusieurs cliniciens qui sont désireux d’approfondir leurs connaissances. À titre d’exemple, les conférences précédentes ont abordés des thèmes comme la neuroimagerie des démences, les AVC et la cognition ou les traumatismes crâniens. Comme plusieurs chercheurs de ce centre s’intéressent aux lobes frontaux, ils organisent à peu près à chaque décennie un congrès portant exclusivement sur cette thématique. Ce dernier s’étant alors sur quatre ou cinq jours plutôt que les deux journées habituelles.

    Les organisateurs nous ont annoncé que le prochain congrès sur les lobes frontaux aura lieu du 22 au 26 mars 2010. Avis aux intéressés!

    Je pourrais probablement faire un article sur chacune des présentations de ce congrès. Je me limiterai plutôt à résumer celles qui m’ont semblé les plus intéressantes. J’inclus les liens internet des chercheurs, pour ceux et celles qui voudraient approfondir certains thèmes.

    La première journée du congrès portait donc spécifiquement sur le vieillissement cognitif normal, qui fut abordé sous plusieurs angles différents. Carol Barnes , de l’université de l’Arizona, nous a présenté des données très intéressantes sur les changements neuronaux associés au vieillissement chez le rat et le singe. Elle a démontré que dans l’hippocampe du rat, l’âge s’accompagne de changement au niveau des propriétés des synapses des neurones plutôt que par une perte neuronale comme telle. Elle a aussi démontrée de quelle façon le gyrus dentelé est particulièrement sensible à l’âge chez le rat, contrairement à la région CA1 qui serait la partie de l’hippocampe touchée dans la maladie d’Alzheimer (à tout le moins débutante). Les données du Dr Barnes suggèrent que le patron de perte neuronale (et les déficits cognitifs associés) diffère entre le vieillissement normal et la maladie d’Alzheimer.

    Le Dr Matt MGue nous a entretenu sur les liens entre la génétique et le vieillissement cognitif. Il a expliqué que si l'on connaît bien de quelle façon la cognition (ou l’intelligence) est influencée par la génétique chez les enfants, on ne sait que très peu de chose sur le lien entre les gènes et la cognition à un âge plus avancé (la majorité des études ayant des sujets de moins de 40 ans). Il souligne entre autres le fait que les effets connus des gênes (en parlant entre autre de l’APO) est statistiquement assez modeste et que les liens entre le bagage génétique et l’influence de l’environnement doit encore être l’objet de recherches plus approfondies.

    Lynn Hasher nous a parlé des liens entre les ressources attentionnelles et la mémoire dans le vieillissement. Ses données appuient son modèle de la théorie de l’Inhibition, selon laquelle les aînés encodent davantage d’information que les plus jeunes car ceux-ci inhibent mieux l’information qui est source de distraction.

    Certains chercheurs du Rotman ont significativement contribué à l’avancement des connaissances de la psychologie cognitive et occupent une place importante dans l’histoire de cette discipline. J’ai donc été impressionné d’écouter Fergus Craik nous parler du vieillissement de la mémoire. Il a dans un premier temps présenté sa conceptualisation du vieillissement de la mémoire, mentionnant que les processus qui flanchent avec l’âge sont ceux qui sont les moins supportés par « l’environnement externe » et qui nécessitent donc l’initiation spontanée de processus cognitifs. Le rendement des aînés est donc pauvre en récupération spontanée, mais il s’améliore progressivement lors des rappels indicés et en reconnaissance en raison de l’implication progressive de l’environnement externe. Si Craik a initialement pensé que le vieillissement se caractérisait uniquement par une baisse de ses processus actifs (qu’on pourrait aussi conceptualiser par une baisse des processus contrôlés), il a montré que les aînés ont aussi un déficit spécifique des processus d’association, expliquant l’appauvrissement des souvenirs épisodiques et aussi des phénomènes comme l’amnésie de source.

    Les conférences de l’après-midi étaient plus courtes mais tout aussi intéressantes. Dr Mark D’Esposito nous a parlé des changements dans les substrats cognitifs de la mémoire et de la cognition. Il a, entre autre, démontré comment les processus top-down modulent le recrutement spécifique de certaines régions cérébrales lors de l’exécution d’une tâche et comment le vieillissement normal se caractérise par une diminution de l’efficacité de ces processus, entraînant ainsi une baisse de la spécificité de la réponse neuronale lors d’une performance cognitive. Il a ,entre autre, mis en cause le système dopaminergique dans la diminution de ses processus attentionnels. Il a conclu en suggérant que des essais pharmacologiques avec des molécules optimisant le système dopaminergique devraient être tentés afin de voir les répercussions sur le fonctionnement cognitif des aînés.

    Donald Stuss a sa propre conception des fonctions des lobes frontaux, qu’il regroupe en quatre parties : (1) les capacités « d’énergisation » ou les processus nécessaires à l’initiation et le maintien d’une réponse, (2) les fonctions exécutives, (3) le contrôle des émotions et des comportements et (4) la métacognition (Théorie de l’esprit). Dr Stuss a passé une grande partie de sa carrière à démontrer comment ces processus sont distincts et comment ils impliquent des régions corticales spécifiques. Il a principalement discuté le fait que ces quatre fonctions subissent probablement différemment les effets du vieillissement.

    Le Dr Kelly Murphy est une neuropsychologue clinicienne mais qui est aussi impliquée en recherche. Elle nous a présenté une étude portant sur la mémoire autobiographique des sujets MCI, démontrant comment ceux-ci présentent une diminution de la composante épisodique (mais pas sémantique) des souvenirs.

    Lors de la deuxième journée, la plupart des conférenciers abordaient des thèmes qu’on pourrait résumer comme des modulateurs du vieillissement cognitif. Yaakov Stern nous a parlé de la réserve cognitive en présentant différentes données supportant cette théorie et discutant comment elle pourrait guider l’intervention.

    Sonia Lupien est bien connue pour ses études sur les liens entre le stress et la cognition. Elle nous a présenté un bref historique des études dans ce domaine et des différentes théories qui tendant d’expliquer les liens entre le cortisol et l’hippocampe. La première est celle de la neurotoxicité, qui se base surtout sur le fait que les populations cliniques qui souffrent le plus du stress (schizophrénie, dépression majeure et PTSD) présentent une réduction de leur volume hippocampique. La seconde, l’hypothèse de la vulnérabilité, propose le lien inverse. Les gens qui auraient un plus petit volume hippocampique seraient plus susceptibles à réagir au stress. Elle nous a entretenu du lien entre stress et cognition et comment cette interaction pourrait potentiellement nuancer notre perception du vieillissement cognitif. En effet, elle a argumenté le fait que les conditions d’évaluation de la plupart des études avantagent les jeunes sujets que les aînés, ce qui pourrait être anxiogène pour eux (ex : le fait qu’ils sont souvent évalués à l’université, que l’évaluateur est jeune, que le moment du testing est souvent moins approprié pour eux). Elle nous a dit faire actuellement une recherche dans laquelle on compare différentes conditions d’évaluation pour mettre cette hypothèse à l’épreuve. Un projet pour le moins intéressant!

    Je terminerais enfin en parlant de deux présentations portant sur des programmes d’intervention cognitive chez des aînés. Karlene Ball nous a parlé de son programme ACTIVE, publié en 2002 dans la revue JAMA . Elle nous a présenté une étude analysant le dossier de conduite automobile des sujets ayant participé à cette étude. Ses données suggèrent que ceux qui ont participé au module d’entraînement « Speed of Processing » (un entraînement à des temps de réaction complexes et donc davantage un entraînement des ressources attentionnelles que de la rapidité pure selon elle) ont rapporté conduire plus fréquemment et ont présenté moins de difficultés de conduite au fil du temps. De plus, les sujets ayant fait cette intervention étaient moins enclins à cesser de conduire (40 %) que les autres au cours des trois années subséquentes.

    Enfin, le Dr Winocur nous a présenté un programme d’intervention créé au Rotman, et publié récemment dans le Journal of The International Neuropsychological Society .

    Ce programme d’intervention comprenait trois modules (mémoire, exécutif et psychosocial). Le Dr Winocur a présenté les résultats de cette étude (qui fait l’objet de plusieurs articles dans ce même volume de JINS). Ils sont à étudier l’utilité de ce programme avec différentes populations cliniques, dont les patients MCI vasculaires (présentant essentiellement des atteintes de la substance blanche périventriculaire et donc un profil de type sous-cortico-frontal).

    Il est difficile d’aborder tous les aspects de ce congrès dans un seul article. Tel que mentionné, les liens vous permettront de poursuivre vos lectures mais je suis disponible pour répondre à vos questions si je suis en mesure de le faire.

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